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Critiques / Théâtre

La Dispute de Marivaux

par Gilles Costaz

Le laboratoire de l’amour et de la trahison

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Jacques Vincey, qui dirige le Centre dramatique régional de Tours, n’aime pas le banal. On est généralement surprise par la forme et les défis des spectacles qu’il présente en son théâtre de l’Olympia. L’an dernier, la cantatrice Natalie Desay faisait ses débuts au théâtre dans un monologue acrobatique d’Howard Barker, Und, sous la menace de pains de glace qui, suspendus au-dessus d’elle, s’écrasaient peu à peu au sol ! Cette fois, il monte un Marivaux, La Dispute, d’une manière tout à fait inattendue puisque la soirée est présentée comme « un spectacle pour six jeunes acteurs et deux dispositifs en miroir ». Plus exactement, l’aire circulaire où se joue la pièce est entourée de 26 cabines étroites réservées à deux spectateurs : on y entend le son grâce à un casque audio et on y voit la représentation à travers un miroir sans tain. Ce dispositif crée un étonnant climat d’intimité, de privilège et de voyeurisme (voir en étant caché). (Quand le spectacle sera en tournée et repris en mai, les conditions techniques seront modifiées pour permettre d’accueillir un plus large public, les intentions d’accroître le rapport de proximité et de surprise restant les mêmes).
La « dispute » dont il est question est l’un de ces jeux philosophiques dont raffolait le XVIIIe siècle. Dans l’histoire primitive de l’amour et du couple, qui le premier a trahi l’autre : l’homme ou la femme ? Un prince et une princesse ne sont pas d’accord sur la réponse. Ils font entrer peu à peu en scène de jeunes filles et de jeunes garçons qui n’ont jamais eu l’expérience de l’amour. La nature où se passent les rencontres devient un laboratoire des sentiments. Voilà ce jeunes gens soumis aux attirances sexuelles, à la passion et, bien sûr, à l’inconstance et à la trahison. L’expérience ne fournira pas des résultats clairs et concluants ! Sur scène jouent six comédiens du Jeune Théâtre en Région Centre-Val de Loire, Quentin Bardou, Miglé Bereikaité, Clément Bertonneau, Jeanne Bonenfant, Théophile Dubus et Delphine Meilland. Ils n’ont pas le savoir-faire des acteurs très expérimentés mais ils affrontent avec aplomb la difficulté d’un plateau étroit et d’un enjeu qui passe par la langue et par la technique. Vêtus pour la plupart de façon enfantine ou clownesque, avec de couleurs très vives, ils atteignent aisément cette dimension de conte cérébral. Ils associent bien le charnel et le théorique, dégagent le trouble charmant de la rencontre. Tout cela est fort intelligemment acidulé.

La Dispute de Marivaux, mise en scène de Jacques Vincey, dramaturgie de Vanasay Khamphommala, scénographie de Mathieu Lorry-Dupuy, lumières de Marie-Christine Soma, costumes de Virginie Gervaise, musiques et sons de Frédéric Minière, avec Quentin Bardou, Miglé Bereikaité, Clément Bertonneau, Jeanne Bonenfant, Théophile Dubus, Delphine Meilland.

Centre dramatique de Tours, Théâtre Olympia, jusqu’au 12 février, puis du 24 mai au 3 juin. En tournée dans le Centre-Val de Loire du 26 févier au 21 avril. (Durée : 1 h 10).

Photo Marie Pétry.

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