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Critiques / Théâtre

La Dernière Bande de Samuel Beckett

par Corinne Denailles

Jacques Weber dans la peau de Krapp

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En prenant la direction du théâtre de l’œuvre, qu’il avait inauguré avec La dernière Bande de Samuel Beckett dans la mise en scène d’Alain Françon, Frédéric Franck avait le beau projet de programmer du théâtre d’art dans les murs du théâtre privé. Aura-t-il été trop exigent dans ses choix, c’est possible. Il évoque cette hypothèse dans le beau texte qui sert de préface au programme de La dernière bande mise en scène par Peter Stein, ultime pièce programmée, geste symbolique, avant la passation de pouvoir aux nouveaux acheteurs, l’industriel Vincent Bolloré et François-Xavier Demaison, acteur et humoriste. Avec eux, c’est place au music-hall et l’enterrement du théâtre de l’œuvre tel qu’il a existé durant un siècle depuis sa fondation par Lugné Poe. Dommage.

Dans la première version (1958) choisie par Peter Stein, Krapp, vieil alcoolique ébouriffé, dépressif au bout du rouleau, est affublé de grands souliers blancs et d’un nez de poivrot clownesque. C’est ainsi que se présente Jacques Weber, dans un costume violemment dépareillé, affalé sur une table en fer encombrée d’un magnétophone et de bandes magnétiques. Le texte de Beckett est ingrat et difficile ; il ne se passe pas grand-chose dans cette situation où un grincheux sur le retour écoute en boucle une ancienne bande magnétique enregistrée trente ans plus tôt où il évoquait l’émerveillement d’une promenade en barque avec une amoureuse vécue dans son jeune âge. Nostalgie douloureuse de ce « pauvre crétin » qu’il était. Weber se glisse dans la vieille carcasse de Krapp auquel il donne chair ; vieil ours touchant, il bougonne, maugrée, grogne, se déplace lourdement, lentement, commente ce qu’il entend sur la bande, soliloque, mange ses bananes avec délectation et réussit finalement à brosser un portrait ironique et infiniment pathétique de cet homme usé qui éprouve l’inéluctable passage du temps.

La Dernière Bande de Samuel Beckett, mise en scène Peter Stein ; avec Jacques Weber. décor Ferdinand Wögerbauer ; costumes Annamaria Heinreich. Au théâtre de l’œuvre jusqu’au 30 juin à 21h.

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