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Critiques / Théâtre

La Dame aux jambes d’azur d’Eugène Labiche

par Dominique Darzacq

Elle peine à cacher ses rides

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Depuis L’Affaire de la rue de Lourcine qui révéla le tandem « Vincent-Chéreau » en 1966 et assura leur conjointe renommée, Jean-Pierre Vincent aime à ponctuer son parcours de retrouvailles avec Labiche, cruel portraitiste de son temps, dont l’écriture dit-il « relève de ce que Freud appelait le cauchemar léger comme principe de l’humour et du comique ».

Après le cauchemar de Langlumé , héros de L’Affaire de la rue de Lourcine, celui vécu par les notables de la Ferté-sous-Jouarre, venus dépenser leur Cagnotte à Paris à travers lesquels Labiche brosse l’impitoyable portrait d’une société petite-bourgeoise, prétentieuse et sans scrupule, c’est celui du médiocre et velléitaire, Arnal qu’il met en scène avec La Dame aux jambes d’azur créée en 1857 au Théâtre du Palais Royal.

Arnal comédien, plus bégaud que brillant interprète, lassé de jouer les œuvres des autres, décide de créer la sienne : La Dame aux jambes d’azur tragédie vénitienne du XVe siècle, soit « 149 pages écrites sans ratures en 122 jours ». Arrivé le soir de la première, rien n’est prêt et ce qui devait être une représentation se transforme en répétition publique. « Les signes de désapprobation sont interdits, mais on peut applaudir » précise l’auteur, metteur en scène « contrarié par cette conjoncture » mais pas au bout de ses peines. Tandis que dans la salle, les musiciens ne savent plus bien à quelle note ni tempo se vouer, la répétition est une véritable débâcle. Le souffleur malade pour avoir mangé des moules est remplacé par un machiniste qui ne sait pas lire tandis que le doge quitte le plateau pour aller chercher un logement en ville et que l’héroïne, loin des humeurs romantiques de la pièce, débarque tricot sous le bras et saucisse à la main. De péripéties en mésaventures, d’anicroches en catastrophes, le drame romantique prend des allures de virée en absurdie.

Derrière la parodie du drame romantique, qui faisait les délices de l’époque et sert de toile de fond à Labiche pour dessiner au jus de vinaigre un petit monde du théâtre et des comédiens, aujourd’hui dépassé, Jean-Pierre Vincent décèle les angoisses et les peurs qui hantent tout acteur et metteur en scène. C’est cela, sans doute qu’il entend nous montrer à travers une mise en scène soucieuse de ne pas grossir le trait, « de ne pas presser le tempo ». Mais à ne pas vouloir toucher à un seul cheveu de cette Dame aux jambes d’azur au prétexte que la pochade est fragile, et que les situations se suffisent à elles-mêmes Jean-Pierre Vincent ne lui a peut-être pas rendu vraiment justice. A la prendre en somme trop au sérieux et sans adjuvant dans la facture d’ensemble qui aurait pu la revigorer, elle s’alanguit au fil de la représentation, affiche la profondeur de ses rides et perd beaucoup de ses attraits comiques ; un peu comme ces plantes délicates qui cultivées toujours dans le même pot perdent de leur vigueur et se fanent.

La Dame aux jambes d’azur d’Eugène Labiche. Mise en scène Jean-Pierre Vincent avec Gérard Giraudon, Claude Mathieu, Jérôme Pouly, Julie Sicard, Pierre Louis Calixte, Gilles David, Benjamin Lavernhe, Noam Morgensztern (durée 1h )

Studio de la Comédie-Française 18h 30 jusqu’au 8 mars du mercredi au dimanche
Tel 01 44 58 98 58 ou www.comedie-francaise.fr

Photo ©Brigitte Enguérand

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