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Critiques / Théâtre

La Carte du temps, trois visions du Moyen-Orient

par Corinne Denailles

Les ravages de la guerre

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L’Américaine Naomi Wallace a fait son entrée à la Comédie-Française avec une pièce sur la grande peste, Une puce, épargnez-là. Ses textes mêlent événements politiques et sociaux, et écriture poétique. Elle a l’art de traiter la réalité la plus brutale sur un mode métaphorique qui révèle l’humanité des personnages mis en scène. La Carte du temps illustre particulièrement ce style personnel et efficace. Conçu comme un triptyque, le spectacle réunit trois situations, dans une scénographie minimaliste, qui opposent la douleur des victimes de tous bords à la froide analyse géopolitique des conflits.

Un Palestinien qui a perdu son fils de douze ans est convaincu que celui-ci revit à travers une infirmière israélienne qui vit grâce à ses poumons transplantés : situation également douloureuse pour les deux personnages. Dans un zoo détruit par l’armée de Tsahal, une femme palestinienne, qui a perdu sa fille tuée par des Israéliens, erre sur les lieux à la recherche d’un soldat israélien auquel elle doit trois minutes ; les trois minutes où elle l’a tenu dans ses bras avant qu’il meure sous les balles d’un sniper alors qu’il était venu attaquer sa maison. Enfin, un Irakien tente vainement de nous faire partager sa passion des oiseaux mais ses souvenirs le submergent et il ne parvient pas à refouler les images horrifiques qui l’obsèdent.

Exceptionnel David Ayala

Naomi Wallace aborde chaque situation en partant de très loin, comme si on ne pouvait pas approcher frontalement, directement une telle charge de souffrance. A chaque fois, le spectateur est contraint de la suivre à l’aveugle sans comprendre où on le mène ; elle tourne longtemps autour de la relation entre les personnages et de leurs émotions sans en révéler l’enjeu et ne porte sur eux aucun jugement. La méthode, si elle n’a pas la force shakespearienne que le metteur en scène voudrait lui prêter, est originale et efficace malgré des personnages secondaires mal maîtrisés. Si la mise en scène manque d’invention, les acteurs transmettent avec conviction le propos de l’auteur. Saluons particulièrement David Ayala qui interprète le père palestinien qui a perdu son fils et, surtout, le monologue halluciné du passionné d’oiseaux où le comédien nous emporte dans la folle douleur du personnage. Remarquablement écrit, ce texte illustre le principe d’écriture de l’ensemble avec virtuosité. Encore plus destructuré que les deux autres, il traduit le désordre mental du personnage pour finalement s’ordonner autour de l’évocation inévitable des souvenirs et des images lancinantes qui harcèlent le pauvre ornithologue, impuissant à chasser la douleur par son amour des oiseaux.

La Carte du temps, trois visions du Moyen-Orient de Naomi Wallace ; traduction Dominique Hollier ; mise en scène Roland Timsit ; scénographie et création lumière Philippe Quillet ; création sonore et musique, Laurent Sassi ; costumes Sylvie Blondeau. Avec David Ayala, Oscar Copp, Abder Ouldhaddi, Lisa Spatazza, Afida Tahri, Roland Timsit. Au théâtre 13/Seine jusqu’au 7 juin 2015, mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30. Rés. 01 45 88 62 22. Durée : 1h45. A partir de 13 ans.
© Photo Lot

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