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Critiques / Danse

La" Carmen" africano-hispanique de Dada Masilo

par Yves Bourgade

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« J’aime le défi d’amener un personnage à la vie. Les classiques m’aident justement à faire cela. J’aime aussi raconter des histoires dans lesquelles les gens peuvent se retrouver…La plupart des classiques traitent aussi de problèmes sociaux que je veux aborder, c’est pour cela qu’ils m’attirent ».

Cette affirmation émane de la danseuse et chorégraphe sud-africaine Dada Masilo formée à la Dance Factory de Johannesburg et passée par l’école PARTS de Anne-Teresa de Keersmaeker à Bruxelles. Après avoir livré sa vision d’Ophélie, de Juliette et d’Odile/Odette du Lac des cygnes, elle fait vivre à sa manière avec les quinze danseurs de sa compagnie une « Carmen » érotisée à l’extrême, parfois osée. Le public est d’ailleurs prévenu : « le spectacle est déconseillé au moins de douze ans »...
Sa Carmen qui fait étape à Paris au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 10 janvier 2015 à l’occasion d’une tournée en France, brûle littéralement les planches sur un montage musical qui emprunte largement à la musique pour orchestre de l’opéra de Bizet, à Rodion Chtchedrin et à Arvo Pärt. On reconnaît les principaux protagonistes du livret d’après la nouvelle de Mérimée : naturellement Carmen dansée par Dada Masilo et les personnages de Micaëla, Don José (interprété par le seul danseur européen de la compagnie), Escamillo, les cigarières et les jeunes mâles de Séville.

Dada Masilo affirme voir Carmen comme une héroïne « méchante ». Le personnage qu’elle campe, -pieds nus, crâne rasé surmonté d’une rose, robe aux plis fluides-, est plutôt une femme qui ne supporte pas que l’on s’oppose à son désir. C’est une vraie tigresse. A partir du moment où elle a jeté son dévolu sur Don José, elle n’admet pas que d’autres femmes l’approchent et dès qu’il se raidit, elle le rejette brutalement, déjà séduite par le torero Escamillo.

Tous les protagonistes de ce ballet flamboyant s’expriment dans une danse ponctuée de cris, faite d’emprunts au flamenco (les mouvements des bras et le zapateado) qui fusionnent subtilement avec les piétinements et les déhanchements ondoyants des rituels africains lors des solos et des ensembles irrésistibles. Dada Masilo s’investit pleinement dans la figure provocatrice de Carmen, mais ses danseuses (vêtues comme elle) et ses danseurs (pantalon et veste noirs) ont aussi le rythme dans le sang.

La chorégraphe et danseuse de flamenco l’Espagnole Sara Baras fait aussi à la même époque une halte à Paris avec sa compagnie, —le Sara Baras Ballet Flamenco composé de danseurs, d’instrumentistes et de chanteurs—, elle au Théâtre des Champs-Elysées du 22 décembre au 11 janvier 2015. On la considère aujourd’hui comme une héritière des grandes figures historiques du pur art flamenco : chez elle point de compromission dans le travail des bras et du zapateado , ce qui n’empêche pas une danse faite d’une dualité entre féminité et animalité. Sa création 2014 s’intitule Voces, suite flamenca.

Le Théâtre des Champs-Elysées continuera être à l’heure espagnole, avec pour la première fois à Paris, les 27 , 28 et 29 janvier 2015 la Compagnie nationale de danse d’Espagne prise en main en 2011 par l’ancienne étoile du Ballet de l’Opéra de Paris José Martinez. A l’affiche, les premières françaises de trois pièces de chorégraphes contemporains : Casi Casa du Suédois Mats Ek, Sub de l’Israélien Itzik Galili et Extremely close de l’Espagnol Alejandro Cerrudo.

Carmen par la chorégraphe Dada Masilo : Théâtre du Rond-Point jusqu’au 10 janvier à 18H30 (relâche les lundis, les 14 et 25 décembre et le 1er janvier) durée 1H30 . Plein tarif 36 euros.
Tournée  : en janvier Annecy les 20 et 21, Besançon les 24 et 25, Oyonnax le 27, Blagnac le 30 janvier au 1er février, en février Alès les 3 et 4, Toulon les 6 et 7, Macon les 10 et 11, Aix-en-Provence du 13 au 15.
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- Sara Baras Ballet Flamenco : Théâtre des Champs-Elysées du 22 décembre au 11 janvier à 20H et les dimanches à 17H. Places de 15 à 68 euros.

Compagnie nationale de Danse d’Espagne : Théâtre des Champs-Elysées les 27, 28 et 29 janvier à 20H. Places de 15 à 75 euros.

Photos Carmen par la chorégraphe Dada Masilo ©John Hogg

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