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Critiques / Théâtre

La Cantatrice Chauve

par Caroline Alexander

Ionesco / Lagarce une rencontre aux cimes de l’absurde

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Jean-Luc Lagarce et Ionesco sont morts à un an d’intervalle deux ans après leur improbable rencontre autour de La Cantatrice Chauve, qui figurait déjà au Panthéon des monuments historiques parisiens dans le mini théâtre de La Huchette où Nicolas Bataille l’avait mise sur orbite. Auteur magnifique, disparu après huit années de lutte contre le sida, Lagarce tutoyait la mort dans une langue d’une inquiétante et douloureuse douceur. Ses mises en scène, notamment celle du Malade Imaginaire de Molière étaient en revanche noir d’encre. Jusqu’à cette envie de plonger dans l’œuvre fondatrice du théâtre de l’absurde et d’y prendre du plaisir. Cette Cantatrice nouvelle manière vit le jour en 1992, connut un joli succès, tourna dans bien des théâtres de France avant de se trouver classée parmi les réussites du passé. Ressuscitée en 2007 telle qu’en elle-même, même décor, mêmes comédiens, mêmes détonations comiques, la voilà à nouveau sur la scène du théâtre de l’Athénée.

« Comme c’est bizarre, comme c’est étrange et quelle coïncidence ! »

Du mouchoir de poche à la grande scène, du gris souris au multicolore bonbon anglais la fameuse Cantatrice qui ne change jamais de coiffure a enjambé deux générations. La façade blanche d’un « cottage » à l’anglaise en fausse perspective, une pelouse vert pomme, une lune baladeuse, le décor planté par Laurent Peduzzi a relents de BD à la Tintin, traits fermes et tonalités franches. On est dans un livre d’images ou peut-être dans un feuilleton télévisé avec rires préenregistrés. Monsieur et madame Smith mange toujours de la soupe, du poisson, des pommes de terre au lard et de la salade anglaise, leurs invités monsieur et madame Martin qui « comme c’est bizarre, comme c’est étrange et quelle coïncidence » ne se souvient toujours de rien, leur ressemblent comme un cliché à l’envers : même tailleur rose imitation Chanel et même bibi à fleurs pour les dames, même costard gris et cravate orange pour les messieurs, mais madame Smith (Mireille Herbstmeyer) mesure 1m80, marche à l’amble comme un canasson tandis que madame Martin (Emmanuelle Brunschwig) se hausse sur 1m50 et tortille de l’arrière train, monsieur Smith (Jean-Louis Grinfeld) arbore la bedaine d’une rondeur tandis que monsieur Martin (Olivier Achard) fait chalouper sa dégaine efflanquée de maigrichon. On retrouve le Capitaine des pompiers (François Berreur) qui met le feu à Mary la bonne (Marie-Paule Sirvent).

Un petit joyau d’inquiétante drôlerie

Tous ces comédiens restent, quinze ans après, renversants de drôlerie pince-sans-rire, distillant le nonsense à la britannique si cher au Roumain Ionesco avec tout le sérieux tragique qui déclenche les rires. A les voir on peut croire qu’ils seront encore d’aplomb dans 15 ans, car les personnage d’Ionesco n’ont pas d’âge - ce qui explique d’ailleurs, en partie, l’incroyable longévité des acteurs qui se relaient à la Huchette depuis un demi siècle.

Tous les ajouts cocasses qui essaiment la représentation sont de Ionesco en personne, ses remarques à propos de la mise en scène de Nicolas Bataille (récités en apartés par la bonne) et la suite des dénouements imaginaires constituant ici un sommet de loufoquerie. François Berreur et les siens ont eu mille fois raison de sortir ce petit joyau d’inquiétante drôlerie de l’écrin où il dormait.

La Cantatrice Chauve de Eugène Ionesco, mise en scène de Jean-Luc Lagarce reconstituée par François Berreur & Romuald Boissenin, décors Laurent Peduzzi restauré par l’Atelier du Nouveau Théâtre-CDN de Besançon et de Franche-Comté, costumes Patricia Dubois. Avec Olivier Achard, François Berreur (en alternance avec Christophe Garcia), Emmnuelle Brunschwig, Jean-Louis Grinfeld, Mireille Herbstmeyer, Marie-Paule Sirvent.
- Théâtre de l’Athénée à Paris, jusqu’au 21 novembre, du mercredi au samedi à 20h, les mardis à 19h. Durée : 1H30. Tel : 01 53 05 19 19
- www.athenee-theatre.com

crédit photo : Christophe Berthelot

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