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Critiques / Théâtre

La Bobine de Ruhmkorff de Pierre Meunier

par Jean Chollet

Le sexe sous haute tension

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Grand manipulateur d’idées, de mots et d’objets détournés ou échappant à leurs lois physiques, auteur de spectacles aux formes philosophico – ludiques, Pierre Meunier, revient avec cette nouvelle création. Elle s’inscrit dans le prolongement thématique de la précédente, Sexamor (2009) réalisée avec la complicité de Nadège Prugnard (2009). Mais, si il est toujours question d’interroger le sexe, il s’agit surtout cette fois de celui de l’homme, aussi le comédien et auteur est seul en scène. Il a choisi de placer son spectacle en référence avec la bobine inventée par l’ingénieur allemand, Henrich Daniel Ruhmkorff (1808-1877), générateur producteur de courant à très haute tension, dont la particularité était de produire des étincelles. Deux résultantes qui accompagnent ainsi symboliquement la sexualité et l’amour.

Dans un espace habité d’un lampadaire et de lampes sur pieds, d’un élément d’échafaudage roulant, de portiques tubulaires et autres pièces métalliques ou ressorts savamment bricolés, Pierre Meunier, s’engage avec gourmandise dans un monologue qui, à travers des évocations précises, masturbation champêtre, coït singulier avec “la vieille aux yeux clairs ” face à un miroir brisé, renouveau de l’amour conjugal ou encore encouragement aux hommes à expérimenter la sodomie, témoigne de l’attraction des corps ou du “courant sexuel alternatif ”. Le langage est cru, jamais vulgaire, et porte en lui des accents poétiques ou cocasses qui déclenchent les rires. En parallèle de ce discours fragmentaire, sous une toile érotico – porcine de Catherine Rankl, Pierre Meunier anime ses étranges machines. Défiant les lois de la gravitation ou de l’apesanteur pour établir une relation entre l’amour et le corps avec la matière. “ Puisque le faire attire l’amant/ Autant le fer se dit aimant ”. En conclusion, ce voyage singulier s’achève sur un récit maritime où se croisent deux vaisseaux dont les marins loin de s’attirer s’éloignent pour toujours. Un autre aspect de l’énigme de l’attirance ou du rejet entre les humains. Avec la collaboration artistique de Marguerite Bordat et la lumière de Bruno Goubert, un spectacle joyeusement subversif et empreint de tendresse.

Texte édité aux Solitaires Intempestifs

La Bobine de Ruhmkorff, texte, jeu et mise en scène, Pierre Meunier, collaboration artistique Marguerite Bordat, lumière Bruno Goubert, peinture Catherine Rankl. Durée 1 heure 15.
Théâtre de la Bastille jusqu’au 20 décembre 2013.

Photo ©Pierre Grobois.

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