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Critiques / Théâtre

La Bête dans la Jungle,d’après Henry James, La Maladie de la Mort de Marguerite Duras

par Jean Chollet

Lumineux diptyque introspectif de Célie Pauthe

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Avec La Bête dans la jungle , nouvelle publiée en 1903, Henry James (1843 – 1916) revisite le mythe grec du beau Narcisse et de Echo nymphe amoureuse, mais méprisée par cet homme insensible à l’amour et surtout imbu de lui même et de son image. C’est à partir d’une adaptation théâtrale du critique d’art américain James Lord au début des années soixante, que Marguerite Duras livre deux versions françaises successives, pour lesquelles elle revendique une totale liberté. La seconde sera notamment utilisée en 1981, lors d’une mise en scène mémorable de Alfredo Arias avec Delphine Seyrig et Samy Frey, puis notamment par Eric Vigner (2001) ou Jacques Lassalle (2004).

Dans un château anglais nommé Weatherend, John Marcher et Catherine Bertram se retrouvent des années après leur première rencontre en Italie. Souvenirs plus ou moins précis ou volontairement incertains pour lui, très clairs pour elle, qui n’a pas oublié la confidence d’un homme lui révélant qu’un mal extraordinaire menace son destin, comme une bête tapie dans l’ombre de la jungle. Ils tentent de repartir sur de nouvelle bases, mais au fil du temps, Catherine éprouve un grand amour auquel John est incapable de répondre, accablé par ses obsessions. Elle en mourra, et ce n’est que sur sa tombe que John comprendra qu’il a raté l’occasion de se libérer du danger qui le menace. Incapable d’avoir su répondre à un amour rédempteur.

Dans La Maladie de la mort , court texte écrit en 1982 par Marguerite Duras, un homme s’offre une relation tarifée avec une femme durant plusieurs jours dans une chambre en bord de mer. Nue , il la regarde dans son sommeil, la touche brièvement, tente en vain de l’aimer, s’endort ou pleure près d’elle, qui l’interroge avant de l’informer, après ses réponses, qu’il est atteint de la maladie de la mort. Un diagnostic attribué à son incapacité à s’attacher ou désirer une femme. Duras s’en explique : “Lui aussi s’expose et peut – être bien plus qu’elle, puisqu’il se brûle à l’altérité d’un corps, d’un sexe et d’une sexualité jusqu’alors ignorés de lui, radicalement inconnus, interdits. Vivre l’histoire, pour lui, c’est enfreindre l’interdit premier, tout à la fois celui de la femme – sexuelle et maternelle, celui de l’hétérosexualité, et celui de l’amour.”. Un regard que l’on ne peut détacher de sa relation avec son dernier compagnon Yann Andréa

C’est avec une profonde justesse que Célie Pauthe met en miroir ces deux textes, avec une pureté limpide rendant palpable l’inexprimable dans le cœur des êtres et la complexité des rapports homme –femme. Dans le décor unique sur trois plans finement architecturés de belle facture signé Marie La Rocca où le vide offre un écho judicieux, et sous les fines variations des lumières de Sébastien Michaud, sa mise en scène subtile et rigoureuse restitue avec intelligence et bonheur les accents et la musicalité de l’écriture durassienne en rendant pénétrant ses douloureux enjeux. Interprété par trois comédiens talentueux, John Arnold, très convaincant John Marcher, et Valérie Dréville, magnifique, rejoints dans La Maladie de la mort par la troublante Mélodie Richard, ce spectacle constitue une belle réussite marquante en ce début d’année.

La Bête dans la jungle, d’après Henry James, adaptation française Marguerite Duras. La Maladie de la mort de Marguerite Duras. Mises en scène de Célie Pauthe, avec John Arnold, Valérie Dréville, Mélodie Richard. Scénographie costumes Marie La Rocca, lumières Sébastien Michaud, son Aline Loustalot, vidéo François Weber. Durée 2 heures 20.

Théâtre national de la Colline jusqu’au 22 mars 2015, puis au Granit de Belfort les 2 et 3 avril 2015.

photos© Elisabeth Careccia

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