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Critiques / Danse

La Belle au bois dormant

par Yves Bourgade

Du « grand siècle » vu par des Russes et interprété par des Américains

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La reconstitution des pièces majeures du répertoire de la danse occidentale, n’évite pas souvent de verser dans le kitsch. Ce n’est pas le cas de « La Belle au bois dormant » que nous amène, cette rentrée 2016 à Paris l’American Ballet Theatre (ABT), à l’invitation du Ballet de l’Opéra.
Cette version est exemplaire, notamment du côté des décors et des costumes largement inspirés du « Grand Siècle » avec des couleurs vives et contrastées, et juste ce qu’il faut de liberté dans les formes. N’oublions pas qu’il s’agit d’un conte de Charles Perrault dont s’est saisi, comme argument, le chorégraphe français installé en Russie Marius Petipa, sur une musique spécialement composée par le russe Tchaïkovski.
Cette « Belle », créée en 1890 à Saint-Petersbourg par le Ballet impérial est considéré par les spécialistes comme un hommage du chorégraphe à la France raffinée de l’Ancien Régime.
Pour ce qui est de la musique, le russe Stravinsky affirmait que son aîné et compatriote Tchaïkovski n’avait pas voulu le « pastiche », mais un « anachronisme involontaire mais vivant ».
Serge Diaghilev, installé en Occident après la révolution russe, monta pour ses Ballets Russes une « Belle au bois dormant » au plus près de l’original s’agissant de la danse, grâce à un autre exilé russe, Nicolas Sergeev, notateur et dernier régisseur du Théâtre impérial, qui avait emporté dans son exil les notes de Petipa. Décors et costumes pour cette résurrection en 1921 à Londres, avaient été confiés au peintre russe Léon Bakst. Cette reprise fut cependant déficitaire, bien que le décorateur y ait réalisé la synthèse de ses recherches.
L’ABT dont la vocation est de présenter les grandes œuvres du répertoire, a confié à un russe, le chorégraphe Alexei Ratmansky, qui fut de 2004 à 2009 directeur artistique du Ballet du Bolchoï de Moscou, le soin de remonter l’ouvrage au plus près de l’original, ce qu’il fit en 2015. Artiste en résidence à l’ABT depuis 2009, ce dernier est très attaché à l’authenticité du style académique forgé par Petipa. Aussi s’efforce-t-il de donner à ses danseurs aux types physiques très différents, une unité de style d’ensemble, en amélioration très nette par rapport à la dernière venue de la compagnie en 2O07 à Paris.
Le Britannique Richard Hudson pour les décors, les costumes et jusqu’aux perruques, a veillé à se conformer à l’esprit du travail de Léon Bakst. Le résultat de cette production est un succès, les distributions faisant alterner pour les rôles valorisants (la Princesse, le Prince, l’Oiseau bleu, la Fée des Lilas etc…), les danseurs « principaux » et les « solistes » de la compagnie.

ABT à l’Opéra Bastille : 6, 7, 8 septembre 9h30, 10 septembre 14h30 et 20h -
durée : 2h50 - tarifs : 5 à 154€

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