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La 70ème édition du Festival d’Avignon

par Dominique Darzacq

Riche et roborative

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Roboratif : Du latin roboraro, fortifiant, nous dit Monsieur Larousse. C’est en effet un programme des plus fortifiants, de ceux qui réactivent notre réflexion sur le monde, que vient de présenter à l’Institut du Monde Arabe, Olivier Py pour qui « lorsque Jean Vilar a imaginé un pacte entre les artistes et la république, il savait ouvrir un asile aux volontés utopiques, aux rassemblements des diversités et à l’amour des possibles ». C’est à cette aune que se place (du 6 au 24 juillet) cette 70ème édition, dont l’un des événements est le retour de la Comédie-Française que nous n’avions pas revue au Festival depuis le Don Juan de Molière mis en scène en 1993 par Jacques Lassalle, avec Andreï Seweryn et Jeanne Balibar.

Pour retrouver le public avignonnais et donner le coup d’envoi du Festival, Eric Ruf a fait appel à Ivo Van Hove, un des maîtres de la scène européenne, qui mettra en scène Les Damnés d’après le film de Luchino Visconti. Guillaume Galienne, Eric Génovèse, Elsa Lepoivre, Denis Podalydès, Didier Sandre, et d’autres encore à venir, seront les membres de la riche famille d’industriels allemands confrontés à la montée du nazisme que Visconti avait choisis comme laboratoire pour étudier la collusion de la cupidité et du pouvoir politique. Une chronique aux accents shakespeariens qui pourrait bien nous renvoyer quelques échos d’aujourd’hui.

De quelques questions qui se posent aujourd’hui

La montée des populismes, l’impuissance politique sont des thèmes qui affleurent tout au long d’une programmation où cohabitent retrouvailles et découvertes et braque ses projecteurs sur le Moyen-Orient. Parmi les artistes invités de cette région, Amos Gitaï qui présentera pour une seule représentation dans la cour d’Honneur, la réalisation scénique de son film Le dernier jour d’Yitzhak Rabin (10 juillet)

Parmi les retrouvailles, celle de Krystian Lupa avec Place des héros de Thomas Bernhard, Angélica Liddell « qui continue sa course vers la radicalité poétique » avec Que ferais-je de cette épée ? . Sans atteindre la parité, le Festival version 2016 fait une large place aux créatrices d’ici et d’ailleurs, avec notamment, Maëlle Poésy (Ceux qui errent ne se trompent pas ) , Madeleine Louarn ( Ludwig, un roi sur la lune ), la marionnettiste Bérengère Vantusso ( L’Institut Benjamenta) Anne-Cécile Vandalem (Tristesse ), Sofia Jupither ( Tigern/La Tigresse de Gianina Càrbunariu), Marie Vialle qui, en compagnie de Pascal Quignard, propose une performance des ténèbres ( La Rive dans le noir ). Côté danse, on retrouvera Marie Chouinard dans la cour du Lycée Saint-Joseph avec 3 compositions chorégraphiques et Sidi Larbi Cherkaoui dans la Cour d’Honneur qui, avec Damien Jalet, présentera, Babel 7.16 . De son côté Thierry Thieû Niang avec Au cœur s’adressera plus particulièrement aux jeunes spectateurs auxquels seront proposés deux autres spectacles Truckstop mis en scène par Arnaud Meunier et De l’Imagination d’après Barbe Bleue réalisé par Clara Picard.

Au chapitre des marathons qu’affectionne le festival, tandis que pour célébrer la réouverture de la Carrière Boulbon, Jean Bellorini nous invitera à passer 5 heures en compagnie de Karamazov d’après Les frères Karamazonv de Dostoïevski, à la Fabrica, Julien Gosselin nous proposera une traversée de 12 heures avec 2666 adapté du roman posthume de Roberto Bolaňo. De l’Europe en ruine au désert de Sonora à la frontière du Mexique et de Texas, le poète romancier chilien brasse les genres pour dire l’art face au mal, l’errance, les désordres de l’histoire, le naufrage des utopies et se demander si les horreurs du XXème siècle peuvent se répéter au XXIème.

Pour sa part Olivier Py reprend Prométhée enchaîné qu’il avait créé à Avignon et l’adapte pour en faire le spectacle qui se promènera autour d’Avignon pendant la durée du Festival et qu’il nomme « la décentralisation des 3 km ».

Enfin, le succès remporté par La République de Platon présentée tous les jours au jardin Ceccano a incité le directeur du festival à renouveler l’expérience qui a demandé à la Piccola Familia, la troupe de Thomas Joly, de concocter entre fiction et réalité, « un objet commémoratif », sous forme de chronique du Festival de 1947 à…2086. ( Le Ciel, la nuit et la pierre glorieuse )

« Quand la révolution est impossible, il reste le théâtre » affirme Olivier Py qui en fait la preuve avec cette nouvelle édition qu’il place sous l’égide d’un cheval qui rue dans les brancards dessiné par le plasticien Adel Abdessemed.

Festival d’Avignon du 6 au 24 juillet www.festival-avignon.com

Photos : Cour d’Honneur /Christophe Raynaud de Lage- affiche du Festival réalisée par Adel Abdessemed

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