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La 28ème nuit des Molières

par Marie-Laure Atinault

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Nous étions au théâtre des Folies Bergères pour suivre cette cérémonie menée par Alex Lutz, qui s’est dépensé sans compter pour faire de cette suite de récompense un spectacle.

Le quartier était sous haute sécurité, ce qui est bien normal. Une manifestation de la CGT spectacle accueillait les invités, ainsi que des manifestants pour la diversité avec des pancartes « décoloniser l’Art » ou « Le théâtre Français est-il raciste ? »

Une fois atteint le saint des saints, le célèbre Hall du théâtre parisien bruissait d’embrassade, de « j’ai voté pour toi ». Excitation, attente, angoisse. Les nominées étaient toutes fort élégantes, ce qui n’est pas négligeable.
La soirée débute avec un petit film très drôle dans lequel ce pauvre Alex Lutz est en prise avec moult malheurs. Toute la soirée sera émaillée de petites saynètes enregistrées comme celle avec Muriel Robin en ouvreuse qui doit apprendre le métier à une provinciale maladroite jouée par Alex Lutz. Un régal. Nous apprendrons également que certains comédiens font des petits métiers dans la journée François Berléand est professeur de Gym et Sandrine Kiberlain est dans un central téléphonique. Une nouvelle carrière pour Berléand ? En direct les siffleurs de chant d’oiseaux nous entraînent dans les forêts profondes où l’on rencontre de drôles d’animaux. Les gymnastes, qui défient les lois de la gravitation, feront frémir la salle. Par contre, Roméo et Juliette, version moderne, est un vrai pensum. La diversité des intermèdes était bien venue mais l’ensemble était trop long.

Les récompenses !!

Le premier Molière est celui du spectacle Musical remis aux délicieux Fiancés de Loches. Hervé Devolder, le dynamique metteur en scène et adaptateur monte sur le plateau avec toute son équipe.

Afin de réguler le flot des remerciements, qui il faut bien le dire, sont parfois fastidieux, Alex Lutz a trouvé la parade. Monsieur Touchi Toucha, en la personne d’un colosse monté sur un engin à roulettes, viendra titiller les gagnants pour les déstabiliser. Initiative plus ou moins bien prise par les gagnants.

Quelle était belle et radieuse Anne Bouvier qui reçoit le Molière de la Comédienne dans un second rôle. Elle n’y croyait absolument pas et ce n’est pas un discours de circonstance. Elle était magnifique dans Le Roi Lear monté par Jean-Luc Revol.

Didier Brice, souvent nommé, remporte le Molière du comédien dans un second rôle dans A tort et à raison, aux côtés de Michel Bouquet. Il fera un beau discours sur le régime des intermittents. Il rappelle que le 28 avril un accord historique avait été trouvé par les professionnels du secteur. Il dénonce « le coup de théâtre du Medef, qui tente d’empêcher sa ratification avant le 1er juillet. Il s’adresse à Audrey Azoulay : » Madame la Ministre, ne passez pas à coté de l’histoire …. Ne tuez pas l’espoir que cet accord a suscité ».

De la force et de l’émotion avec les révélations féminine et masculine, l’étonnante Géraldine Martineau pour Le poisson Belge et Alexis Moncorgé qui dans Amok a surpris par son intensité. Il fait un discours court, percutant, énergique. Les ors des Folies Bergères lui renvoient la voix de son aïeul, Jean Gabin qui y fut figurant.

Le Molière de la Comédie est attribué aux Faux British, un spectacle délirant, qui a crée la surprise, sans vedette, il fait salle comble et bénéficie d’un bouche à oreille excellent. Toute la troupe folle de joie monte sur scène. Ils font un petit sketch avec un Molière en plâtre qui se fracasse par terre. Leur joie fait vraiment plaisir à voir, Gwen Aduh est comblé et nous avons de surcroît un bel écossais, Dominique Bastien qui porte un kilt du soir.

Joël Pommerat est le grand vainqueur de la soirée mais un vainqueur absent puisqu’il est en Chine. Molière de l’Auteur Francophone vivant, Molière du Metteur en Scène d’un spectacle de Théâtre Public, Molière du Théâtre Public et Molière du Jeune Public. Mais si son spectacle Ça ira (1) fin de Louis, nous a enthousiasmés, on regrette que Michel Vinaver ne soit pas récompensé pour Bettencourt Boulevard ou une histoire de France. De même que Pinocchio qui reçoit le Molière du jeune public est un spectacle déjà ancien.

Des moments d’émotion et de dignité avec le Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre Public attribué à Charles Berling étonnant dans le très beau Vu du Pont d’Arthur Miller mis en scène par Ivo Van Hove. Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre Privé au grand Wladimir Yordanoff pour son interprétation unanimement salué par la critique et le public de Qui a peur de Virginia Woolf ? Mis en scène par Alain Françon. Il nous dit « Le théâtre est un Art vivant…. L’oralité est la voix des comédiens…Le théâtre c’est ici et maintenant. Il souligne justement que les comédiens jouent une représentation, présent comme un cadeau.
D’ailleurs le spectacle reçoit le Molière du Metteur en Scène d’un spectacle de Théâtre Privé est reçu par Alain Françon. Cet homme discret rend hommage à Frédéric Franck, directeur du théâtre de l’Œuvre contraint à renoncer par ses banquiers.

Le Molière Seule en Scène revient à Andréa Bescond pour Les chatouilles (ou la danse de la colère). Ce spectacle a trouvé très vite son public que ce soit au Festival D’Avignon puis au Petit Montparnasse. Andréa Bescond dédie son spectacle aux victimes de la pédophilie. Lorsqu’elle nous dit qu’en moyenne, qu’il y a 2 enfants abusés par classe. Un chiffre qui rend grave la salle, et qui scandalise. A quand des lois qui protégeraient véritablement les victimes ?

Les Molières de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre Public et Théâtre Privé sont attribués respectivement à Dominique Blanc pour Les Liaisons Dangereuses, qui oublie sous le coup de l’émotion de citer son partenaire Vincent Perez, et Catherine Frot le reçoit pour Fleur de Cactus. Elle dit tout le plaisir qu’elle a eu à jouer ce rôle et rend hommage aux auteurs Pierre Barillet et Jean-Pierre Gredy et à son metteur en scène Michel Fau :
" Tous les soirs, j’étais sous le charme de l’écriture qui transforme avec cocasserie cette femme " et à la démesure de Michel Fau.

Ce dernier est le grand oublié de la cérémonie, son spectacle joué avec un immense succès a fait rire à gorge déployée. Sa mise en scène drôle, poétique, follement inventive donnait aux comédiens un cadre à leur fantaisie, et le comédien Michel Fau était tout simplement formidable. Il joue avec Maxime d’Abboville sur la scène des Folies Bergères une version inoubliable de L’école des femmes du patron Monsieur Molière.

Les Cavaliers d’après le roman de Joseph Kessel mis en scène par Éric Bouvron et Anne Bourgeois reçoivent le Molière du Théâtre Privé. Un spectacle d’une inventivité folle qui après Avignon avait pris ses quartiers parisiens au théâtre La Bruyère.

Le Molière d’honneur est remis par Michel Bouquet à Fabrice Luchini. L’admiration et l’amitié de ces deux géants de la scène est un beau moment de théâtre. Michel Bouquet qui est presque silencieux, mais qu’il est spirituel dans son silence amusé. Fabrice Luchini est visiblement ému et heureux. Il n’est jamais avare de ses admirations, et après Michel Bouquet, il évoque Laurent Terzieff et rend un hommage chaleureux à Jean-Laurent Cochet, et souligne quel grand professeur est cet homme, à qui des générations de comédiens doivent beaucoup.

« Je vous donne mon Molière, Michel » Ils quittent la scène main dans la main.
Alex Lutz reçoit le Molière de l’humour. Il joue à la perfection l’étonnement !! Quel comédien. Il rend hommage à Sylvie Joly. Comme il a raison.

Par contre nous sommes scandalisés par l’hommage aux disparus. Un écran sur lequel sont alignés les noms des disparus. Pas très visible et brouillon, nous déplorons que les noms soient mis en vrac. Pourquoi ne pas mettre les photos des disparus ? Un hommage à la va-vite et irrespectueux, un ordre alphabétique avec les photos serait plus simple et plus juste.

La cérémonie alertement menée par Alex Lutz, qui ne s’est pas ménagé, et qui a un véritable talent, nous a semblé trop longue. Les spectateurs, qui ont eu la soirée en léger différé, n’auront pas les changements de décors et les petits problèmes techniques. Mais doit-on continuer à diffuser aussi tard la fête du théâtre ? Le théâtre n’est pas l’affaire des noctambules.

A la fin de la soirée télévisée, nous retrouvons les nommés. La joie des Faux British qui, a tour de rôle se passe la statuette. Ils savent que l’aventure continue pour eux. Anne Bouvier qui flotte sur un petit nuage, n’en revenant pas d’avoir Le Molière, dans une catégorie où la lutte était rude, car toutes les nommées le méritaient. Un gagnant nous a même avoué sous le sceau du secret qu’il allait dormir avec !!! Francine Bergé, n’a pas eu le prix, encore une fois. Mais quelle élégance quelle classe ! Elle était nommée dans la catégorie Molière d’une Comédienne dans un spectacle de Théâtre Public. Tom Dingler, l’ami d’enfance d’Alex Lutz, qui collabore à l’écriture est aussi heureux que si il avait reçu la statuette en main propre. Wladimir Yordanoff se tient un peu à l’égard, une vraie modestie pour ce grand comédien. Hervé Devolder et Jacques Mougenot goûtent savamment ce succès et espèrent, que grâce à cette récompense Les Fiancés de Loches pourront revenir sur les planches, et continuer l’aventure.

Aux sceptiques qui s’interrogent sur la validité de cette cérémonie, là est peut-être la légitimité de cette manifestation. Donner un nouvel éclairage sur certains spectacles, donner un coup de pouce pour les tournées. Bien sûr il y a des déçus et cela est bien humain, mais la joie des moliérisés étaient communicative.

Ne boudons pas Les Molières. Cette 28ème édition était une réussite, pas totalement, mais nous mettrons sur le livret de l’élève des encouragements francs et sincères.

La liste complète des récompense est sur le site des Molières.
http://www.lesmolieres.com/

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