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Critiques / Opéra & Classique

LES PARAPLUIES DE CHERBOURG de Jacques Demy et Michel Legrand

par Caroline Alexander

Michel Legrand revisite la partition du film et en fait une version symphonique. Un grand moment de nostalgie

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C’était il y a tout juste cinquante ans. La palme d’or du Festival de Cannes 1964 était attribuée à un film d’un genre inédit. Une comédie musicale française aux dialogues entièrement chantés. Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy avec Catherine Deneuve quasi débutante entra dans les légendes du cinéma français. Aussitôt les mélodies que Michel Legrand leur composa s’incrustèrent dans les mémoires. Et sont toujours fredonnées…

Jean-Luc Choplin, patron du Châtelet, rêva de les faire revivre sur scène. Michel Legrand accepta l’enjeu et se mit à l’œuvre pour une conception symphonique rénovée. Elle vient d’être créée devant des salles combles et subjuguées par son panaché de charme et de nostalgie.

Version de concert « mise en espace » dit le programme. On la définirait plutôt comme une symphonie mise en mouvements à la façon d’un dessin animé. L’orchestre national d’Ile de France est sur la scène. Michel Legrand, à 82 étés, débarque, fringant, droit comme le manche de son parapluie à corolle jaune et se met au pupitre. Des panneaux tailladés à la façon des pages d’un cahier d’écolier sont crayonnés en poésie naïve par Sempé de silhouettes, de meubles et d’objets avec lesquels des matelots, en t-shirts rayés et bonnets à pompons, font défiler les lieux. Les gabardines cintrées, les jupes ceinturées, les robes et les costumes réveillent les modes de la fin des années cinquante et du début de la décennie suivante, ce temps de la guerre d’Algérie où les jeunes hommes allaient faire leur service militaire sur le sol en éruption de la colonie d’Afrique du Nord. Demy et Legrand en tirèrent une histoire ordinaire, celle de l’amour contrarié de Guy et de Geneviève, un garçon, une fille, fous d’amour et brusquement séparés. Un enfant doit naître de leurs premières étreintes. La mère de Geneviève, marchande de parapluies en quête de confort bourgeois lui fait épouser un homme mûr doublé d’un riche bijoutier qui adoptera le bébé. Et ,de 1969 à 1963, les années passent, les rêves s’effilochent et se referment sur la réalité comme des parapluies après l’orage. La mélancolie valse en boucles musicales.

Distribution étoilée

Distribution étoilée : Natalie Dessay en mère opportuniste joue finement de ses dons de comédienne, de cette voix lyrique qui a servi tant d’opéras et qui, ici, se fond dans la délicate légèreté de la musique de Legrand. Laurent Naouri, pudique, élégant est parfait en bijoutier amoureux et sans illusions. Vincent Niclo, jeune ténor déjà rompu aux comédies musicales, donne vie et vérité à Guy, le sacrifié. A 17 ans, exactement l’âge du rôle, Marie Oppert apporte à Geneviève, sa blondeur, sa grâce, sa fraîcheur et un timbre cristallin qui dessine des volutes dans les cintres. Une révélation à suivre de près.

Quatre représentations de ce classique si joliment revisité laisseront un goût de trop peu. Une tournée devrait bientôt combler les attentes.

Les Parapluies de Cherbourg d’après le film de Jacques Demy. Musique de Michel Legrand en première version symphonique, orchestre national d’Ile de France, direction Michel Legrand, mise en espace Vincent Vittoz, décors Jean-Jacques Sempé et Vincent Vittoz, costumes Seward lumières Renaud Corler. Avec Marie Oppert, Vincent Niclo, Natalie Dessay, Laurent Naouri, Louise Leterme, Jasmine Roy, Franck Vincent, Franck Lopez, Arnaud Léonard, Elsa Dreisig.

Théâtre du Châtelet , les 11, 12 & 13 septembre à 20h, le 14 à 16h

01 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com

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