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Critiques / Opéra & Classique

LE PRÉ AUX CLERCS de Ferdinand Hérold

par Caroline Alexander

De cœur et d’épée, un beau fleuron du romantisme à la française

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Après Zampa ou la fiancée de marbre créé à l’aube de la première saison qu’il dirigeait à l’Opéra Comique, (voir WT 1435 du 12 mars 2008) Jérôme Deschamps, pour la dernière saison sous sa direction, revient à Ferdinand Hérold, son romantisme à la française, ses histoires tirées de l’Histoire revues et rebrodées par son imaginaire. Ce Pré aux clercs tiré d’un épisode des Chroniques du règne de Charles IX de Prosper Mérimée, créé en 1832, tisse la trame de ses intrigues et rebondissements sur le fond de racisme religieux hérité de la sinistre Nuit de la Saint Barthélémy qui avait sévi dix ans plus tôt.

Ce pourrait être une sombre histoire politique mais Hérold, dans la lignée des Hugo, Dumas, Meyerbeer, en fait une aventure où triomphent l’amour et les grands sentiments. La gentille Nicette, filleule campagnarde de la royale Marguerite de Navarre, se prépare à épouser le bon Girot, propriétaire du cabaret du Pré aux Clercs, à l’ombre du Louvre, à quelques pas du lieu de prédilection des duels. Survient le baron de Mergy, gentilhomme protestant dépêché auprès du Roi, et amoureux d’Isabelle, la favorite de la reine, huguenote comme lui. Mais le Roi la destine au catholique marquis de Comminge, un vilain dur à cuire, imbattable à l’épée qui en pince pour elle. L’italien Cantarelli que Mergy a autrefois sauvé va tout mettre en œuvre avec la bonne reine Margot pour déjouer les plans royaux. Et, après quelques rebondissements périlleux - mariage secret, bal masqué, duel -le roman des deux amants finira comme dans les contes fées.

Hérold se veut léger comme Rossini (son cadet d’un an). Fanatisme et érotisme sont traités avec le sourire et des pointes de virtuosité. Mélancolie guillerette, nostalgie dansante sur des marches joviales et des valses qui font tourner les cœurs. Son Pré aux clercs rencontra un succès énorme avec 1600 représentations jusqu’en 1949 ! Il inaugura la deuxième salle Favart en 1840. Puis tomba dans la trappe de l’oubli. Jérôme Deschamps s’est donné pour mission de ressusciter le répertoire maison. Mission accomplie avec le réveil d’une panoplie d’œuvres d’Auber, Messager, Rabaud, Thomas, etc... Et Hérold fêté en deux temps.

Production sagace

Cette fois dans une production sagace au charme pétillant confiée à Éric Ruf comédien rayonnant, scénographe habile, metteur en scène inspiré (impossible d’oublier sa réalisation du Peer Gynt d’Ibsen) et actuel administrateur de la Comédie Française qui n’avait jamais abordé l’espèce lyrique. Le Pré aux clercs, il est vrai, relève de la catégorie « opéra comique » où, par définition, les dialogues parlés alternent avec les arias chantées. Sa maîtrise de la direction d’acteurs tombe donc à point et le résultat se fait brillamment sentir par l’élocution claire des textes (chantés et parlés) et la fantaisie du jeu.

Auteur des décors, il laisse se nouer et résoudre les joutes amoureuses sans transfert anachronique – ouf ! - dans la poésie automnale d’arbres feuillus. Ceux-ci s’écartent au deuxième acte pour découvrir le mur de pierres grises du palais, se remettent en place au troisième et se meublent de bancs et tables rustiques. Les éclairages dorent l’ensemble.

Distribution jeune

Distribution jeune, pleine d’allant. Michael Spyres ténor américain rôdé aux virtuosités rossiniennes, lance avec naturel les aigus de Mergy, se fait naïvement touchant dans « ô ma tendre amie » avec une diction française impeccable en musique, teintée d’un petit accent (pas du tout du Béarn) dans les échanges parlés. Marie-Eve Munger, soprano canadienne, a l’allure de jeune première et un timbre à la fois charnu et aérien qui vont comme un gant à Isabelle. Toute en agilité et humour la mezzo française Marie Lenormand campe une reine de dessin animé à la voix ombrée dont elle joue à merveille sur le mode comique. Jaël Azzaretti/Nicette, soprano légère, fille du peuple adoubée par sa royale marraine, mutine et maligne, joue au ping pong avec ses vocalises. Le ténor Éric Huchet transforme Cantarelli en personnage de commedia dell’arte, chant solide et jeu délicieusement ahuri. Christian Hemler, jeune baryton basse fait de Girot, le cabaretier, un bouffon cocasse, un rien voyou, voix opulente et diction parfaite. Seul regret de ce casting presque parfait : Emiliano Gonzalez Toro, figure pâle et timbre sans relief pour le méchant marquis de Comminge.

Festif an diable, Paul McCreesh, dirige l’Orchestre Gulbenkian d’un rythme serré, faisant sonner les couleurs franches d’Hérold, sacrifiant au plaisir d’en rire les touches plus impressionnistes de sa musique.

Le Pré aux clercs de de Ferdinand Hérold, livret d’Eugène de Planard d’après Chronique du règne de Charles IX de Prosper Mérimée. Orchestre Gulbenkian, direction Paul McCreesh, chœur Accentus, mise en scène et décors Éric Ruf, costumes Renato Bianchi, lumières Stéphanie Daniel, chorégraphie Glyslein Lefever. Avec Marie Lenormand, Marie-Eve Munger, Jaël Azzaretti, Michael Spyres, Emiliano Gonzalez Toro, Éric Huchet, Christian Hemler, Olivier Dejean…

Opéra Comique les 23, 25, 27, 31 mars et 2 avril à 20h. Le 29 mars à 15h.

0825 01 01 23 – www.opera-comique.com

PS : Deux expositions couronnent le tricentenaire de l’Opéra Comique fondé en 1715. De Carmen à Mélisande, drames à l’Opéra Comique (Petit Palais jusqu’au 28 juin) et les Costumes de l’Opéra Comique au Centre national du costume de Moulins (jusqu’au 25 mai).

Photos : Pierre Grosbois et Vincent Pontet

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