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Critiques / Opéra & Classique

LA METAMORPHOSE de Michael Levinas d’après Franz Kafka

par Caroline Alexander

Mise en musiques et en images d’un quotidien ébranlé par le fantastique

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Le pari relevait de l’impossible : mettre en musique et en images la noire nouvelle de Kafka, ce cauchemar vécu par un homme ordinaire dans une famille ordinaire qui se retrouve un matin au réveil transformé en insecte. Une bête informe, rampante, un cancrelat …Kafka écrivit ce sombre fantasme en 1912, il fut publié trois ans plus tard. Pas de bestiole sur la couverture : Kafka ne voulait pas que son délire intime soit illustré. Sa mise en opéra par Michael Levinas (musique) et Nieto (images et mise en scène) se situe à l’inverse de ce vœu.

Après Go-gol calqué sur Le Manteau de Gogol en 1996, Les Nègres d’après Genet en 2004, le compositeur Michael Levinas, 65 ans, puisa à nouveau son inspiration, six ans plus tard, dans une œuvre littéraire, cette Métamorphose de Kafka ,créée à l’Opéra de Lille en 2011 dans une mise en scène de Stanislas Nordey.

Une nouvelle vision vient d’en être donnée au Théâtre de à l’Athénée dans le cadre du festival Manifeste de l’IRCAM par le vidéaste-metteur en scène-décorateur Nieto et l’Ensemble Le Balcon dirigé par le jeune et talentueux Maxime Pascal (en résidence à l’Athénée depuis 2013). Leur association s’ouvre sur un alliage de haute technologie sonore (parrainée par l’IRCAM) qui se fond dans les visions d’outre-monde de Nieto.
L’ordinaire kafkaïen (l’adjectif est sans doute né de cette nouvelle et de son Procès) est balayé dès le prologue : Un texte (poème ?) de Valère Novarina (Je, tu, il…) est proféré par une bouche rouge sang et des mains tout aussi écarlates et lumineuses qui s’agitent dans le noir absolu de la scène (on pense inévitablement au Pas moi de Beckett joué dans le même théâtre). Une introduction à l’effet bluffant, mais hors sujet.

Dès la première image, tout est fantasmé dans la famille du pauvre Gregor, l’homme ordinaire transformé à son insu en insecte, la mère, devient une matrone blanche fantôme aux formes rebondies comme vue à travers une loupe (Camille Merckx contralto), le père (Vincent Vantyghem baryton) apparaît masqué, cuirassé, la sœur (Elise Chauvin soprano) porte un masque aux visages décuplés… Et lui Gregor (Rodrigo Ferreira contre- ténor et danseur) sort de son cocon comme une chenille maudite et se traîne le long des murs… Les superpositions d’images filmées et les effets de lumière simulent l’angoisse. Des extraits du texte de Kafka défilent sur les murs. Les phrases prononcées en direct sont étouffées par les stridences et dissonances de la musique de Levinas qui tranche dans le vif à coups d’épées sonores. Kafka ne crée plus de malaise interne, l’horreur de son quotidien n’est plus dilué, il agresse en direct et en continu. Avec quelques pointes de poésie et la voix, le corps élastique, la présence stupéfiante de Rodrigo Ferreira.

L’orchestre hissé sur des échafaudages sur scène ne se dévoile qu’au baisser de rideau, au moment des saluts. Travail de géomètre du son. Du jamais vu. Jamais entendu.

C’est le dernier spectacle de cette riche saison élaborée par Patrice Martinet. Il n’y en aura pas la saison prochaine. La maison ferme pour travaux. Elle va manquer.

La Métamorphose livret et musique de Michael Levinas d’après Franz Kafka, en semble Le Balcon, direction Maxime Pascal, conception, vidéo, mise en scène Nieto, costumes Pascal Lavandier, réalisation informatique musicale IRCAM Benoit Meudic et Augustin Muller, costumes Pascale Lavandier. Avec Rodrigo Ferreira, Elise Chauvin, Vincent Vantyghem, Sydney Fierro, Florent Baffi, Virgile Ancely, Anne-Emmanuelle Davy.

Théâtre de l’Athénée du 12 au 17 juin 2015 à 20h.
01 53 05 19 19 – www.athenee-theatre.com - www.lebalcon.com

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