Accueil > L’orgue et les sortilèges

Critiques /

L’orgue et les sortilèges

par Christian Wasselin

Sous le titre « La Course au requiem », l’organiste Yves Lafargue a imaginé un concert agrémenté de lectures de ses propres contes.

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

ORGANISTE TITULAIRE DE LA BASILIQUE Notre-Dame-de-Fourvière à Lyon, Yves Lafargue est aussi professeur, compositeur, et auteur d’un recueil de nouvelles intitulé Didascalie et autres pièces de fantaisie, publié en 2018 aux éditions Hortus. Ces nouvelles pittoresques, parfois fantastiques, ont pour thème commun l’orgue et les organistes. Elles sont écrites avec un mélange de malice et de bonhomie, dans une veine où l’on retrouve des souvenirs de Marcel Aymé, de Maupassant, voire, pour l’élément musical, d’E.T.A. Hoffmann. À partir de quatre de ces textes (« Le Métronome », « Mon ami Léon », « La Course au requiem », « La Vocalise »), Yves Lafargue a imaginé un concert à trois qui réunit, outre l’orgue, une voix de soprano et un récitant. C’est ce concert-lecture, pour employer un terme qui peut induire en erreur (car les textes ne commentent pas la musique mais sont illustrés par elle), déjà donné en 2020 dans le cadre du festival Toulouse les orgues, qui a été repris à l’Église protestante unie de l’Étoile, à Paris (plus familièrement appelée Temple de l’Étoile).

L’organiste, c’est bien sûr ici Yves Lafargue lui-même ; le récitant, c’est le chef d’orchestre et compositeur Philippe Forget ; la soprano, c’est Françoise Masset, grande interprète de Monteverdi et de Rameau, mais aussi créatrice de plusieurs opéras de notre temps (Médée de Michèle Reverdy, Les Orages désirés de Gérard Condé) et rompue à bien des aventures musicales comme la redécouverte dont elle nous fit la primeur d’Orazio Michi ou des mélodies inspirées par des poèmes de Marceline Desbordes-Valmore qu’elle a enregistrées avec le pianiste Nicolas Stavy.

La parole et l’outil

Faire se conjuguer trois sources sonores est toujours un exercice délicat dans une église, d’autant que le récitant, qui utilise le microphone, est installé devant le chœur, alors la chanteuse est dans la tribune, près de l’organiste. La réverbération de l’édifice ajoute à la difficulté de l’exercice, mais l’oreille se fait à l’acoustique, et chacun des protagonistes tient compte de la particularité du lieu. L’organiste est à son affaire, car il joue Bach, Franck ou la Gigue de sa propre Suite sur un fort bel instrument. Philippe Forget dit les textes avec animation, en articulant suffisamment pour se faire comprendre. Françoise Masset, impeccable rythmiquement, projette sa voix avec générosité et donne une fois de plus une leçon d’interprétation, avec une science des nuances et une grande intelligence du texte. Elle est aussi convaincante dans la chanson Bohémienne aux grands yeux noirs (rendue célèbre par Tino Rossi) que dans la berçante Prière à Notre-Dame-de-Paris de Boëllmann ou la Ballade du roi de Thulé de Berlioz (bien sûr accompagnée par l’orgue seul).

Yves Lafargue réserve quelques facéties, comme ces pages de Sosthène Chauvineau et Bob Pellerin, compositeurs imaginaires ; à la fin, Françoise Masset prête sa voix à celle d’une cantatrice morte ressuscitée par un facteur d’orgues inconsolable. Mais la voix s’évapore et tout s’éteint. Même s’il ne s’agit pas ici de musique spectrale, nos trois interprètes jouent avec les apparitions et les fantômes avec autant d’ironie que d’innocence.

Illustration : Françoise Masset (photo Patricia Dietzi)

« La Course au requiem ». Françoise Masset, soprano ; Philippe Forget, récitant ; Yves Lafargue, orgue. Église protestante unie de l’Étoile, 30 octobre 2021.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.