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L’incroyable histoire du Cancan

par Yves Bourgade

La face cachée d’une danse

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Nadège Maruta n’est pas oublieuse et exprime dans son livre, L’incroyable histoire du cancan , sa reconnaissance à Jérôme Savary de lui avoir permis « de rendre au cancan sa gaîté et son insolence », en lui confiant les chorégraphies de trois opérettes de Jacques Offenbach, La vie parisienne, La veuve joyeuse et La Périchole.

Avant de devenir chorégraphe, Nadège Maruta a été danseuse, notamment soliste de French cancan au Moulin Rouge où elle resta sept ans à raison de deux spectacles par soir ; aussi parle-t-elle de ce genre en connaisseuse, en restant toutefois accessible à un lecteur non professionnel. Ce qui fait doublement le prix de son Histoire du cancan qu’elle a sous-titrée : Rebelles et insolentes, les Parisiennes mènent la danse .

Si le personnage de la « cancaneuse » est associé dans le monde au Moulin Rouge et à Paris, au « galop infernal » d’ Orphée aux enfers d’Offenbach, à Toulouse-Lautrec, à La Goulue, à Valentin le Désossé, la fascination que ce personnage exerce, il reste un mélange d’admiration et de mépris, estime l’historienne-danseuse. Et cependant, s’efforce-t-elle d’expliquer dans le livre, avec documents d’archives juridiques, journalistiques et de nombreuses illustrations à l’appui (toiles, gravures, affiches, photos), le cancan, né à Montparnasse sous la Restauration en 1825 dans les bals publics qui rejettent les formes convenues, demeure par sa vigueur, sa sensualité, son humour, à l’origine « une langue d’opposition à toutes les formes de l’autorité ». Son invention saltatoire qui est alors synonyme de « chahut », ne s’imposa que progressivement au cours du XIXe siècle et se transforma en spectacle de 1858 à 1865 avec les femmes éclipsant les hommes.

Nadège Maruta déplore pourtant qu’ « avec le passage du temps et des frontières, son vocabulaire chorégraphique initial a été dénaturé, atrophié, amputé de son contenu libertaire ». Le cancan en prenant place sur une scène devient « French cancan », avec des parties collectives l’emportant sur les solos, ce qui entraîne, selon elle, la disparition progressive des individualités du XXème siècle à nos jours.

Il est vrai qu’à cette Histoire du cancan, l’évocation de personnalités aux surnoms cocasses, provocateurs, comme La Goulue, mais aussi Grille d‘Egout, Nini Patte en l’Air, Demi-Siphon, La Vorace, etc., donne du piquant, de même que la description du répertoire des pas du cancan et des costumes qui sont autant de « pieds de nez à la pudibonderie » et autant de « transgression des tabous ». L’armée y est tournée en dérision et l’anti-cléricanisme est une autre source d’inspiration.

L’incroyable histoire du cancan de Nadège Maruta, Parigramme, 133 pages, 25€.

Photo : Grand chahut au Moulin rouge ©collection Parigramme

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