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Critiques / Opéra & Classique

L’incoronazione di Dario d’Antonio VIVALDI

par Jaime Estapà i Argemí

Intéressante résurrection

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Au fil du temps, la ville de Turin a réussi à réunir un grand nombre de partitions et autres documents originaux d’Antonio Vivaldi (Venise 1678-Vienne 1741). De ce fait, on peut dire que la capitale du Piémont a adopté le musicien Vénète.

Plus de vingt entités musicales et culturelles turinoises se sont mobilisées pour lui consacrer en ce mois d’avril, un festival, avec rencontres, expositions, manifestations cinématographiques et concerts. Son opéra « L’incoronazione di Dario » a été présenté au Teatro Regio pour la première fois depuis sa création à Venise en 1717.

Une histoire de peu d’intérêt agrémentée de quelques notes d’humour.

« L’incoronazione di Dario » parle de la succession au trône de Cirus, roi de Perse, sans que l’on puisse savoir s’il s’agit du premier ou du troisième roi de ce nom. Le monarque décédé n’a pas eu de successeur mâle. On décide alors, que celui qui lui succédera, sera le général qui épousera sa fille ainée Statira. Argene, la fille cadette, essayera par tous les moyens de se substituer à sa sœur, mais finalement ce sera bien Statira qui fera introniser Darius, son amoureux. Les deux autres aspirants au trône –Arpago et Oronte- s’inclineront non sans mal.

Outre le manque d’intérêt de l’histoire, le librettiste, Adriano Morselli, ne s’est guère donné les moyens d’attirer l’intérêt du public pour les personnages du conte. A l’exception des manigances d’Argene, vraiment amusantes, et de quelques répliques de Statire –savamment distillées par Sara Mingardo-, les dialogues, ou plutôt les monologues du reste des intervenants sont structurés de manière très répétitive avec des contenus convenus et sans relief.

La partition donne le beau rôle à l’orchestre, et c’est bien lui et non l’histoire, qui structure le récit. Les airs chantés sont de courte durée, les textes sont abondamment répétés, et ce avec très peu de variations. Il en ressort une sensation de monotonie.

La musique, certes riche et inspirée, souffre d’un excès de structuration ce qui empêche l’histoire d’avancer convenablement. L’orchestre du Théâtre Regio, aux ordres d’Ottavio Dantone, a profité de l’occasion pour fournir une interprétation avec beaucoup de brio, la grande majorité de ses interventions se faisant sur des rythmes très vifs.

Une mise en scène saccadée.

Leo Muscato, le metteur en scène, semble avoir davantage tenu compte des défauts que des qualités du travail du librettiste et du compositeur. Il a morcelé à l’envie la progression de l’histoire. En effet, soit pour alléger les longueurs des « arie da capo » –pas excessives en l’occurrence-, soit pour faciliter les changements de décor, inutilement fréquents dans cette production, il a fait chanter aux solistes la partie finale de chaque air, devant un rideau noir. Cela a accentué encore le côté répétitif du spectacle et augmenté la sensation de fatigue du spectateur.

Le décor, signé par l’Accademia Albertina di Belle Arti di Torino, mélange de l’Iran des palais des Mille et une nuits et de celui des puits de pétrole, n’a pas vraiment contribué non plus a faire entrer le public dans l’histoire. Il aura été plutôt apporté de la confusion au récit.

Une distribution de bon niveau.

L’ensemble de la distribution a été dominé par la présence et la voix de Sara Mingardo dans le rôle de Statira. Son émission claire, ses envolées lyriques, sa parfaite diction italienne, combinées avec son jeu dramatique ont été de grand effet. Elle a fait ressortir du personnage de la fille ainée de Cirus, une certaine naïveté, pour ne pas dire une bêtise certaine, qui fait penser que le librettiste a pu se référer à telle ou telle personnalité du Palais des Doges de son époque. On pourrait dire la même chose du personnage de la sœur cadette –Argene-, bien que pour des raisons tout à fait autres. Elle est, bien au contraire, rusée, intelligente et de très mauvaise foi. Delphine Galou, coquette et enjôleuse, en aura donné une version de grande qualité, qu’elle a couronnée avec un dernier air, tout en colorature, d’une grande justesse et flexibilité vocale.

Carlo Allemano a interprété le rôle-titre avec vaillance et une grande assurance vocale. Son émission nette, virile, uniforme sur toute la tessiture, a été justement célébrée par le public. Sa voix, peut-être un peu trop riche en harmoniques pour le style de musique n’a pas été un inconvénient à sa prestation. Lucia Cirillo –Oronte- et Roberta Mamelli –Alinda- ont interprété le couple d’amants fâchés et réconciliés à un excellent niveau expressif et vocal. Romina Tomasoni a reçu un accueil très favorable du public, tant grâce à sa présence sur scène qu’à ses qualités vocales. Riccardo Novaro –Niceno, le traitre philosophe- et Veronica Cangemi –Arpago également à un très bon niveau, ont complété la distribution et les brèves interventions de Cullen Gandy –l’Ombre de Cirus- ont été bien rendues.

« L’Incoronazione du Dario ». « Dramma per musica » en trois actes d’Antonio Vivaldi. Livret d’Adriano Morselli. Production Teatro Regio Torino. Mise en scène de Leo Muscato. Décors de l’Accademia Albertina di Belle Arte di Torino. Direction musicale d’Ottavio Dantone. Chanteurs : Carlo Allemano, Sara Mingardo, Delphine Galou, Riccardo Novaro, Roberta Mamelli, Lucia Cirillo, Veronica Cangemi, Cullen Gandy
Teatro Regio Torino, les 13, 14, 19, 22 et 23 avril.
http://www.teatroregio.torino.it

+39 011.8815.241/242

Photos : Ramella&Giannese - Teatro Regio Torino

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