Un Américain à Paris au Grand Théâtre de Genève jusqu’au 31 décembre

L’esprit de Broadway sur les rives du Lac Léman

Une production américaine éblouissante, inspirée du chef-d’œuvre de Gershwin est proposée pour les fêtes de fin d’année.

L'esprit de Broadway sur les rives du Lac Léman

IMMORTALISÉE PAR LE FILM DE VINCENTE MINELLI sorti en 1951, la partition d’Un Américain à Paris n’est, sous la plume de George Gershwin, qu’une pièce symphonique d’une vingtaine de minutes créée à New York en 1928 et qui se veut (selon les termes du compositeur) « un poème symphonique sans programme précis autre que celui de stimuler l’esprit [...], chaque auditeur pouvant y trouver les épisodes que son imagination lui suggère ». Et même si cette pièce brillante, d’une orchestration rutilante, peut évoquer les pérégrinations à travers la Ville-Lumière, son fracas et ses klaxons, ses échos de clubs de jazz ou ses rengaines, elle n’impose aucun scénario précis autre que sonore.

Mais c’est bien cette imprécision du décor, des personnages qui le traversent et l’absence de toute intrigue dramatique qui permettront à Alan Jay Lerner (l’auteur du scénario du film de Minelli), d’inventer de toutes pièces une histoire avec sa couleur, ses épisodes et rebondissements, sa conclusion en apothéose. Et c’est la collaboration de Gene Kelly, virtuose aux multiples talents (danseur et chorégraphe, chanteur, acteur), de Leslie Caron (et l’apparition de Cyd Charisse dans le ballet final) avec Minelli qui suscitera le succès international du film. Véritable « exercice de style » (selon les termes d’Alain Perroux dans son ouvrage de 2009 : La Comédie musicale, mode d’emploi), le film, qui reçut six Oscars, additionne avec une virtuosité étourdissante la réalisation de décors inspirés par de grands peintres français, le tissage serré de dialogues avec de grands tubes de Gershwin (I got rythm en tête, mais aussi le Concerto en fa ou encore I’ll Build a Stairway to Paradise) et l’élaboration d’un scénario efficace où la puissance du sentiment amoureux le dispute à celle de l’ambition artistique.

Soixante ans après la sortie du film

De façon très étonnante, le triomphe de la comédie musicale imaginée par Gene Kelly, Alan Jay Lerner et Vincente Minelli pour le cinéma ne suscitera la réalisation d’une version scénique que plus de soixante ans après la sortie du film ! Et c’est à Paris justement, au Théâtre du Châtelet, qu’a eu lieu la création mondiale en 2014, dans une production de Christopher Wheeldon, « star des scènes dansées britanniques et américaines » selon le texte de présentation du Grand Théâtre de Genève. Formé au Royal Ballet de Londres et ancien soliste du New York City Ballet, Wheeldon transforme quelque peu l’intrigue du film tout en restant profondément fidèle à son esprit. Il s’inspire de Gene Kelly, mais également de chorégraphes tels que Roland Petit ou Jerome Robbins, et s’entoure de très grands artistes : Bob Crowley à la scénographie et aux costumes, Natasha Katz aux lumières et le compositeur Christopher Austin pour l’orchestration (tous récompensés aux Tony Awards en 2015).

Enfin à Genève

Après plus de 600 représentations à Broadway, toute une année à Londres, ainsi que de nombreuses tournées aux États-Unis, en Asie et en Europe, cette brillante production est présentée à Genève jusqu’au 31 décembre, magnifique spectacle à voir pour les fêtes, même si l’optimisme relatif du scénario original du film de Minelli, qui se déroule à Paris dans l’immédiat après-guerre, est ici nuancé et enrichi par l’évocation de l’Occupation allemande et de la Résistance, donnant ainsi à cette comédie musicale américaine aux fortes conventions joyeuses un surcroît d’ampleur et de profondeur.

Tout ce qui fait la substance jubilatoire d’une production « Broadway » réussie est ici réuni : la qualité exceptionnelle de tous les solistes, celle de la chorégraphie, le brio d’une intrigue très rondement menée, la beauté des décors et leur inventivité (alliage de réalisme dans la peinture de Paris et de profond onirisme) et une direction musicale très brillante, celle de Wayne Marshall, à la tête de l’Orchestre de la Suisse romande au grand complet, que l’on découvre avec émerveillement capable d’interpréter très brillamment une partition à mi-chemin entre orchestration classique et jazz-band ! À voir absolument.

Photo : Gregory Batardon

George Gershwin : Un Américain à Paris. Avec Robbie Fairchild (Jerry Mulligan), Anna Rose O’Sullivan (Lise Dassin), Max von Essen (Hanri Baurel), Rebecca Eichenberger (Madame Baurel), Etai Benson (Adam Hochberg), Emily Ferranti (Milo Davenport). Orchestration : Christopher Austin ; mise en scène et chorégraphie : Christopher Wheeldon ; scénographie et costumes : Bob Crowley ; lumières : Natasha Katz ; vidéos : 59 Studio. Orchestre de la Suisse romande, dir. Wayne Marshall. Grand Théâtre de Genève, 20 décembre 2025. Prochaines représentations : 23, 26, 29, 30 et 31 décembre.

A propos de l'auteur
Hélène Pierrakos
Hélène Pierrakos

Journaliste et musicologue, Hélène Pierrakos a collaboré avec Le Monde de la Musique, Opéra International, L’Avant-Scène Opéra, Classica, etc. et produit des émissions sur France Musique, France Culture, la Radio Suisse Romande et, depuis 2007 :...

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