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Critiques / Opéra & Classique

L’Orfeo de Claudio Monteverdi

par Caroline Alexander

Surcharges visuelles, belles promesses vocales

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S’attaquer à ce joyau considéré comme l’ancêtre des opéras, cette fable mise en musique - favola in musica – imaginée, composée par Claudio Monteverdi en 1607, relève d’une sorte de défi pour une troupe d’aspirants chanteurs et musiciens, comme les pensionnaires de l’Académie de l’Opéra National de Paris et les instrumentistes de l’ensemble Les Cris de Paris. Ils le relèvent en belles promesses dans l’espace ouvert de l’amphithéâtre Bastille.

On le voit peu cet Orphée mythique qui perd la femme aimée, son Eurydice, le jour de leurs noces et qui part affronter les enfers de l’au-delà pour la ramener au soleil de la vie. Un conte intemporel qui ne connaît ni âge ni raison et qui fut tant de fois raconté en musique et poésie (par Rossi, Lully, Gluck, Telemann… Offenbach et des dizaines d’autres jusqu’à Phil Glass). Celui de Monteverdi fait figure de précurseur, mais de fait celui composé par son contemporain Caccini le précéda de quelques courtes années. Sans pour autant jamais atteindre son rayonnement.

Curieusement pourtant on le voit assez peu sur nos scènes. L’un des derniers et des plus réussis fut produit à l’Opéra National de Lorraine par le metteur en scène allemand Claus Guth qui réussit à en transposer l’histoire dans notre quotidien avec une belle évidence (voir WT 3976 du 16 janvier 2014).

La jeune Julia Berès, femme de théâtre ayant une expérience des scènes dramatiques, fait aujourd’hui son baptême du feu lyrique avec cet Orfeo des contes et légendes. Elle a voulu bien faire. Trop bien faire, montrer toutes ses ressources, maîtrise de l’espace, vidéos à tout va, trucages, extravagance des costumes, des idées à la pelle, qui se heurtent et finissent par s’annuler, comme ce groupe de choristes faussement dénudés qui, dans un coin de l’amphi – sous l’orchestre – tressaille en tics épileptiques et détourne l’attention.

Quelques jolies trouvailles comme cette pyramide géante toute de soie ondoyante d’où émerge Amour, les bouts de pelouse et de terre fraîche dont le parfum chatouille les narines, ou encore Eurydice, en fin de parcours pour avoir sollicité le regard d’Orphée, condamnée à jamais et s’enfonçant dans un invisible marécage. Après un tri sévère, la mise en scène pourrait s’avérer cohérente et inventive. Cela s’apprend avec le temps…

Homogénéité, ardeur, délicatesse

Comme l’Ensemble Justiniana pour la récente reprise de La Petite Renarde Rusée de Janacek (voir WT 5105 du 13 avril), l’orchestre Les Cris de Paris est réparti sur les gradins – cette fois côté jardin - mais il y semble moins à l’aise, la mise en scène ne facilitant pas les relations du chef Geoffroy Jourdain entre l’orchestre et les chanteurs. Mais les couleurs monteverdiennes resplendissent malgré tout, flûtes, cordes, harpe, se répondent en homogénéité, ardeur et délicatesse.

Si la voix claire et fraîche de la soprano Pauline Texier, en Amour prédicatrice, manque encore d’assise, celle de la mezzo Emmanuelle Pascu, en messagère, s’affirme en puissance et beauté veloutée. Laure Poissonnier/Eurydice éthérée, maîtrise la technique d’un timbre clair mais se trouve souvent en panne de volume. A l’inverse du timbre généreux du baryton Thomasz Kumiega qui dote son Orphée, enfant rebelle, d’un médium lustré et de graves onctueux. Belle révélation à suivre de près. Proserpine et Pluton sont défendus avec conviction par Gemma Ni Bhriain et Mikhail Timoshenko. Andriy Gantiuk, jeune basse pour un sombre Charon et Damien Pass, baryton, pour un Apollon vigoureux, anciens de l’Atelier Lyrique ne font plus partie de l’Académie mais y reviennent visiblement avec plaisir. Chœurs et solistes des Cris de Paris les rejoignent avec le même enthousiasme

L’Orfeo de Claudio Monteverdi, livret de Alessandro Striggio fils, Ensemble, Chœur et solistes Les Cris de Paris, solistes de l’Académie de l’Opéra National de Paris, direction musicale Geoffroy Jourdain, mise en scène Julie Berès, scénographie Julien Peissel, costumes Aurore Thibout, lumières Cathy Olive, vidéo Christian Archambeau. Avec Pauline Texier, Tomasz Kumiega, Laure Poissonnier, Emanuela Pascu, Gemma Ni Bhriain, Andriy Gnatiuk, Michael Timoshenko, Gamien Pass.

Amphithéâtre de l’Opéra Bastille les 11, 13 19 & 21 mai à 20h

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

Photos Opéra National de Paris

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