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Critiques / Théâtre

L’Ombre de Stella de Pierre Barillet

par Gilles Costaz

Celle qui ne fut jamais dans la lumière

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Infernale Stella Marco ! Une star des années 40, vaniteuse, tyrannique et naturellement collabo. Difficile de ne pas donner un peu de soi-même aux Allemands quand on veut rester sous les projecteurs de la scène et les sunlights du cinéma pendant la guerre ! La pauvre Mylène, qui est sa secrétaire particulière, en a vu de toutes les couleurs et elle se souvient, alors que Stella a disparu. Elle a été une reine, Stella. Et comme elle a été humiliée, comme elle a souffert, Mylène ! Longtemps après la guerre, Stella est oubliée, mais Mylène est encore plus inexistante. Elle aussi a été actrice, a tenu de petits rôles, et personne n’est en mesure de la reconnaître sur la vieille photo retrouvée chez un bouquiniste. Sur ce document, elle est précisément avec Stella. Même sur la photo, elle est dans l’ombre, elle est une ombre...
Pierre Barillet, qui forma avec Jean-Pierre Grédy le fameux tandem Barillet-Grédy, écrit ici en solitaire, et il nous donne un solo. Les années d’occupation, il les a connues (il leur a d’ailleurs consacré un très bon livre de souvenirs, Quatre Années sans relâche). Il peut aisément composer un portrait d’actrice à succès qui a quelques problèmes à la Libération, un portrait au deuxième degré, puisqu’il est tracé par une amie-ennemie libérant ce qui dormait dans sa mémoire. Le texte est nerveux, rieur. Il vire parfois trop au récit (Barillet est, avant tout, un dialoguiste) mais la mise en scène de Thierry Harcourt veille au rythme et accélère les émotions et le déroulement de la confidence. Denis d’Arcangelo, qui joue en travesti (c’est sa marque de fabrique depuis Madame Raymonde mais il en a d’autres), évite précisément les pièges du travestissement de music-hall. Il cultive l’ambiguïté du sexe et des sentiments. Il fait rire, il émeut, il est parfait.

L’Ombre de Stella de Pierre Barillet, mise en scène de Thierry Harcourt, scénographie de Marius Strasser, lumières de Jacques Rouveyrollis et Jessica Duclos, costumes de Michel Dussarat, son de Claudie Martin, assistanat de Stéphane Froeliger, perruques et maquillage de Michèle Bernet, avec Denis d’Arcangelo.

Théâtre du Rond-Point, 20h30, tél. : 01 44 95 98 21, jusqu’au 11 juin. Puis à Théâtre Actuel, Avignon, du 6 au 31 juillet. Texte aux éditions L’Œil du prince. (Durée : 1 h 15).

Photo Giovanni Cittadini Cesi.

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