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Critiques / Opéra & Classique

L’ITALIENNE A ALGER de Gioacchino Rossini

par Caroline Alexander

Malgré quelques lacunes vocales, rires et sourires toujours au rendez-vous de cette joyeuse reprise

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Quatrième reprise d’une production grand cru comique créée au Palais Garnier en 1998 sous la présidence d’Hugues Gall. Dès les premières mesures on a le sourire aux lèvres et on le garde jusqu’au baisser de rideau. La cause en est, avant tout le joyeux déferlement de musique – et de gags musicaux – que Rossini composa à l’aube de ses 21 ans. Un gamin ou presque, repéré dès l’âge de 18 ans, par quelques opéras bouffe (L’Occasione fa il ladro etc…) et que cette Italienne, féministe avant l’heure, allait propulser sur le devant des scènes lyriques d’Italie et de France. Le plaisir de l’entendre reste intact même si direction d’orchestre et distribution, ne relèvent pas du tout premier choix.

Les loufoqueries d’Andrei Serban qui signait alors sa première mise en scène à l’Opéra de Paris a gardé son impact. Ses trouvailles détonatrices d’hilarité se suivent toujours au galop, les bateaux tanguant de naufrage en envol de caravelle , le hammam du harem, ses eunuques aux culs et ventres de chair rose rebondie, ses colosses bodybuildés, tantôt soldatesque au service du bey, tantôt armée de maffiosi portant la botte de l’Italie en légos sur leur dos, ses poissons baladeurs, son chimpanzé fureteur, ses zèbres, ses cigognes et ses canapés rouges lippus comme des bouches : entre dessin animé et bande dessinée les ruses de la belle et maligne Isabelle venue sauver son Lindoro d’amour, esclave et objet d’un Mustafa-tyran aux caprices de star.

Play boy barbichu, Ildebrando d’Arcangelo joue et chante ce Don Juan-dictateur sans avoir l’air d’y croire vraiment, son timbre de baryton-basse a perdu quelques degrés de chaleur, Tassis Christoyannis, autre baryton, fait beaucoup d’efforts – et de grimaces - pour faire de Taddeo, l’amoureux transi de l’Italienne aux mille ruses, un clown dépité, mais n’y réussit pas. Jaël Azzerati connaît bien Elvira, l’épouse répudiée du bey, pour l’avoir chantée notamment à Montpellier (voir WT 621 du7 avril 2005), elle se la réapproprie en bigoudis d’épouse soumise et vocalises tourbillonnantes. Annoncé pour Lindoro, Kenneth Tarver a cédé la place à Antonino Siragusa, ténor à l’impeccable projection, au timbre ample mais froid, presque métallique, qui transforme le personnage de jeune premier charmeur, en tonton flingueur. Varduhi Abrahamyan, belle arménienne, aux rondeurs veloutées de mezzo-soprano, a la tâche ardue de succéder aux voix d’or de Jennifer Larmore ou Vivica Genaux, sans réussir à les égaler. Mais ses coloratures et roucoulades restent suffisamment dans le ton, le jeu et le rythme de la farce rossinienne pour qu’elle prenne comme une mayonnaise bien montée.

Ricardo Frizza à la tête du bel orchestre maison, sert Rossini d’une battue ferme et juste sans jamais le trahir, ni lui apporter le petit plus qui fait monter aux cimes.

L’Italienne à Alger de Gioacchino Rossini, livret d’Angelo Anelli. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Riccardo Frizza, chef de chœur Alessandro di Stefano, mise en scène Andrei Serban, décors et costumes Marina Draghici, lumières Guido Levi, chorégraphie Nicky Wolcz. Avec Varduhi Abrahamyan, Ildebrando D’Arcangelo, Jaël Azzerati, Anna Pennisi, Nahuel di Pierro, Antonino Siragusa, Tassis Christoyannis .

Palais Garnier, les 31 mars, 2, 4, 7, 9, 12, 17, 21, 23 avril à 19h30

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 - www.operadeparis.fr

Photos : Opéra National de Paris Elena Bauer/Christian Leiber

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