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Critiques / Théâtre

L’Homme hors de lui de Valère Novarina

par Gilles Costaz

La parole d’un Vivant

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Les pièces de Valère Novarina, qui ne sont pas faites plaire à tout le monde tant elles cassent la structure du théâtre et de la pensée, se résument difficilement. Mais c’est toujours l’entrée en scène d’un ou plusieurs personnages (parfois plus de 2 000 !) qui s’étonnent d’être dans l’acte de vivre et qui, par la litanie des mots et des noms, expliquent notre monde inexplicable et culbutent ce qui nous sert de philosophie et de théologie. Dans la nouvelle création, L’Homme hors de lui, qui reprend cette idée courante chez l’auteur selon laquelle l’homme est un cadavre qui sort de lui-même et observe son corps dans l’action, un être humain, le Vivant, pénètre sur un plateau où des peintures sur châssis roulant sont retournées contre les côtés et donc invisibles. Un partenaire muet, qui ne le restera pas tout à fait, viendra de temps à autre déplacer l’une ou l’autre des peintures, la présenter de face et la placer derrière le protagoniste.
Autant donner la parole à Novarina pour qu’il décrive lui-même l’acte II : « Devenant le Bonhomme de terre, le Vivant déroule seize mètre de son curriculum vitae et trois emplois ; il prononce une chanson comestible, s’imagine naître une nouvelle fois et veut tout réécrire en couleurs algébriques. Les objets sont les instruments de sa passion. On apporte le socle du monde. La parole écrit dans l’air en couleur verte et rouge. »
Un tel mouvement n’est évident ni à crééer ni à observer. Mais, face à Novarina, surtout pour le spectateur tel que nous, qui est familier de son œuvre et la place parmi les écrits théâtraux les plus importants de notre époque, il n’y a pas de réelle difficulté à entrer dans ce bouillant coq à l’âne où la réflexion la plus élevée aime à prendre la forme la plus brute. Le monologue semble terreux ; mais c’est la glaise de la création du monde ! Le texte est aérien par ses jeux contradictoires, sa réflexion sur notre existence même et son burlesque verbal comme physique.
Dominique Pinon, après André Marcon et Daniel Znyk, est devenu l’acteur novarinien par excellence. Il a l’âpreté, le côté terrien, la présence populaire, un type de discuteur batailleur qui donnent au monde des idées et du verbe une force imprévue. Il a aussi une nature drôle, située entre le parleur faubourien et l’animal bavard des dessins animés. Il donne le spectacle magnifique et forain d’un débat intérieur qui jaillit dans un bric à brac lumineux et qui l’amène à chanter et à danser. Son partenaire muet qui finit par prendre brièvement la parole, Richard Pierre, joue les utilités avec distinction. Christian Paccoud, c’est l’accord musical et vocal parfait avec cette langue rugueuse. Une voiture désossée vient troubler, à un moment, ce climat de caverne et de grotte aux peintures rupestres : Novarina est de tous les temps, mais sa parole éclaire comme une torche, dans l’agitation claire obscure de ses flammes.

L’Homme hors de lui de Valère Novarina, mise en scène et peintures de l’auteur, collaboration artistique de Céline Schaeffer, lumières de Joël Hourbeigt, scénographie de Jean-Baptiste Née, costumes de Céline Schaeffer, dramaturgie de Roseliane Goldstein, musique de Christian Paccoud, assistante de l’auteur : Sidonie Han, avec Dominique Pinon, Richard Pierre, Christian Paccoud (chant et accordéon).

Théâtre de la Colline, 19 h 30, tél. : 01 44 62 52 52. Texte, reprenant des éléments de Entrée perpétuelle et L’Acte inconnu, à paraître aux éditions POL.

Photo Simon Gosselin.

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