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Critiques / Opéra & Classique

L’ETOILE d’Emmanuel Chabrier

par Caroline Alexander

Opéra Junior initie les ados aux jeux et aux plaisirs de la musique

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Au chapitre des jeunes compagnies et ensembles lyriques on connaît depuis longtemps l’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris, l’Opéra Studio de l’Opéra National du Rhin ou encore les instrumentistes de l’Orchestre-Atelier Ostinato, tous centres de perfectionnement de jeunes interprètes issus de diverses écoles ou conservatoires. On connaît moins Opéra Junior, centre d’initiation à la vie musicale, rattaché à l’Opéra National de Montpellier, dont la réputation n’avait guère franchi à ce jour les frontières locales.

La raison en est simple : ses pensionnaires – enfants, adolescents, très jeunes adultes - ne sont pas – ou pas encore – des professionnels. Une rareté dans le paysage musical de France, Opéra Junior, créé en 1990, s’adresse à toutes les tranches d’âge depuis l’école élémentaire (classes de CE1 à CM2), aux collèges, lycées et universités. Les plus grands (à partir du collège) sont recrutés sur audition.

L’encadrement est assuré par des pros de haut niveau. Depuis 2009 le chef d’orchestre Jérôme Pillement en assure la direction et le dynamisme. Et cette année, pour mener à bien l’ambitieux projet de monter, montrer produire un opéra de A à Z, à l’homme de musique Pillement est venu s’ajouter un homme de théâtre au talent vif argent. Benoit Benichou, la trentaine finissante découvert à l’Opéra National de Lorraine de Nancy par un savoureux diptyque Bernstein/Ravel (voir WT 2245 du 22 mars 2010), a fait le pari d’embarquer une petite armée de gamins et gamines – de 14 à 20 ans – pour accrocher dans le ciel (les cintres) de l’Opéra Comédie L’Etoile d’Emmanuel Chabrier.

Un joyeux défi que de mettre au goût de cette nouvelle génération, les élucubrations hautement fantaisistes d’une œuvre née en 1877, navigant entre opéra bouffe et opérette, sur les flots d’une musique bien française et d’un livret vaudeville truffé de personnages burlesques qui gravitent autour d’un monarque dictateur. Pied de nez bouffon aux assoiffés de pouvoir.

Avec trois fois six sous pour les décors et les costumes – suite aux secousses subies par l’Opéra National de Montpellier le budget d’Opéra Junior a dangereusement fondu -, Bénichou a gagné son pari en piquant dans les entrepôts de décor et de costumes, une foultitude d’échafaudages et de structures métalliques dont Amélie Kiritzé-Topor, sa décoratrice, a réussi à constituer une scénographie mobile et efficace (un rien encombrée). Pillement a taillé dans la partition pour réduire le spectacle à une durée dépassant à peine une heure et trente minutes. Bénichou s’est amusé à mettre les dialogues au diapason du langage de ses jeunes interprètes. Avec des bonheurs divers, quelques saillies hilarantes mais aussi des virages allusifs à des auteurs de théâtre – Shakespeare, Tchekhov, Ionesco - finement choisis mais sans grande utilité.

Une bande de mômes donc a envahi la scène et les coulisses d’un théâtre pour virer une cantatrice et son pianiste qui s’apprêtent à donner un récital et ont décidé de s’approprier les aventures rocambolesques d’Ouf 1er, dictateur Fou qui chaque année, pour fêter son anniversaire fait empaler publiquement un malfrat, pour le plus grand régal de ses sujets. Hélas, pas de voyou à l’horizon, à l’exception d’un colporteur au sang vif qui, ne le reconnaissant pas, lui flanque quelques baffes. Hérisson de Porc Epic, Siroco, Tapioca, Laoula, Lazuli : les personnages sont flanqués de sobriquets allusifs. Pour Bénichou et ses chanteurs-comédiens bourgeonnants, leur histoire se passe sous la tyrannie militaire d’un haut gradé sanglé dans un uniforme qui en rappelle quelques autres bien connus du monde réel.

Deux interprètes ont franchi les pas du professionnalisme : Héloïse Mas, jeune mezzo, est le colporteur impertinent et amoureux, la voix est en bel équilibre entre une diction maîtrisée, un jeu délié de comédienne et un timbre chaleureux et bien projeté. Samy Camps, ténor débutant convainc moins en Ouf, pas assez "patap-ouf" dans son jeu, la voix manque de volume et est souvent mal assurée notamment dans les aigus.

Du côté des amateurs qui forment le gros de la troupe, quelques pépites scintillent dans la chasse au trésor des voix en devenir, notamment celle de Marie Sénia qui chante et joue Laoula avec une aisance qui impressionne, sa comparse Aloès incarnée par Apolline Raï-Westphal se révèle également prometteuse. Siroco, l’astrologue, transformé en diseuse de bonne aventure par Clara Vallet a des ressorts de clown. Les voix mâles brillent moins, la mue propre à leur âge en est sans doute la cause.

Les choristes s’amusent comme dans une cour de récré et communiquent leur plaisir. Les musiciens de l’Orchestre National de Montpellier ont suivi en cadences enjouées la baguette nette, précise et joviale de Jérôme Pillement. Bref cette Etoile revue et relue dans un cocktail de respect et d’insolence a joliment brillé.

L’Etoile d’Emmanuel Chabrier, livret d’Eugène Leterrier et Albert Vanloo, orchestre national de Montpellier Languedoc-Roussillon, direction Jérôme Pillement, mise en scène et adaptation du livret Benoît Bénichou, scénographie Amélie Kiritzé-Topor, costumes Bruno Fatalot, lumières Thomas Costberg, chorégraphie Anne Lopez, chef des chœurs Vincent Recolin, chef de chant Valérie Blanvillain et Marie Arnaud. Avec Héloïse Mas, Samy Camps et les pensionnaires d’Opéra Junior .

Montpellier – Opéra-Comédie les 29 et 30 mars 2014.

Photos : Marc Ginot - Opéra National de Montpellier

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