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Critiques / Opéra & Classique

L’ELISIR D’AMORE de Gaetano Donizetti

par Caroline Alexander

Quand Roberto Alagna se déchaîne et fait crouler de rire …

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Le rideau de scène avec ses pubs année cinquante vantant les effets magiques de l’élixir du charlatan Dulcamara est toujours en place. Pour cette quatrième reprise de la première mise en scène signée Laurent Pelly à l’Opéra National de Paris en 2006, (voir WT 950 du 6 juin 2006) rien de prime abord n’a changé. Les pyramides de bottes de foin pointent toujours leurs nez dorés par-dessus les champs, la roulotte du docteur miracle brade toujours ses remèdes à la noix au peuple naïf qui en redemande, les paysages se peuplent de gags, les amoureux se font des niches…

Tout est sans surprise. Sauf l’essentiel : la distribution qui affiche un couple star dans les deux principaux rôles, Roberto Alagna en Némorino et Aleksandra Kurzac, sa compagne à la scène comme à la ville, dans celui d’ Adina. Et le
« melodramma giocoso » du prolifique Donizetti de Bergame – surnommé « donzzinetti » car il composait ses opéras par douzaine - bascule en farce de cabaret.

Dire qu’on n’y prend pas de plaisir serait pure forfanterie. La visible jouissance que notre ténor hexagonal prend à faire le pitre est contagieuse. La salle croule de rire, impossible d’y résister.

Dire que le joyeux défilé de galéjades sert à point nommé l’œuvre, serait en gommer la part de mélancolie poétique et la profondeur.

En 2006 également, à l’Opéra de Nancy, quelques mois avant Paris, le colombien Omar Porras avait trouvé un subterfuge pour fondre les deux visages du joyeux mélodrame en le traitant comme un conte à la façon des frères Grimm (voir WT 845 du 9 février 2006). Laurent Pelly ne s’embarrasse pas de lectures à double face. Il fonce droit vers le divertissement tout en le saupoudrant de romantisme. Malgré le plateau trop vaste de Bastille pour ce type de répertoire – il aurait mieux trouvé ses espaces au Palais Garnier -, la recette fait mouche. Efficacité garantie.

Il y a du philtre dans l’air

Ainsi donc, les héros que le librettiste Felice Romani puisa chez Eugène Scribe (dans son Philtre d’Auber, le thème était à la mode), se livrent à une course poursuite de quiproquos amoureux. Nemorino, le naïf, le pauv’type sans le sou est prêt à tout pour conquérir la trop ravissante et trop coquette Adina, lectrice goulue de Tristan et Yseut. Il y a du philtre dans l’air. Il gobe tout pour arriver à ses fins, surtout les potions magiques d’un certain vin de Bordeaux, prodigué par le bouffon Dulcamara, qui lui monte à la tête et lui fait croire que toutes les femmes sont désormais à ses pieds (en réalité c’est l’annonce d’un héritage qui les émoustille). Le temps pour Adina de se jouer des avances du militaire Belcoro, le couple se soude en extase. Comme Roberto et Aleksandra s’aiment pour de vrai, la joie de les voir enlacés, embobinés l’un sur l’autre en redouble l’effet.

Le charme, le timbre d’eau claire d’Aleksandra Kurzac, toute jeune soprano colorature polonaise, étaient révélés à Paris il y a quelques mois au Théâtre des Champs Elyséees, dans Maria Stuarda du même Donizetti (voir WT 4688 du 23 juin 2015). Le bel canto est son domaine. Silhouette de gamine, jeu coquin, elle se coule et roucoule dans son personnage de jeune première rurale. Face à elle ou plutôt à ses pieds, un prétendant godiche que rien n’arrête pour lui assener sa passion : Roberto Alagna, à 52 étés, retrouve l’âme et la forme de ses quinze ans, il court, il saute, se roule par terre, fait des pompes, le poirier et… chante .
La voix a mûri plus que celle exigée par son rôle mais toujours ensorcelle, élégance du phrasé, diction impeccable et tempérament de vrai comédien, tant de fois prouvé dans des rôles si divers (Otello, Le Cid, le Roi Arthus parmi les plus récents). Capable d’escamoter une note ratée par une culbute, de lancer des tralala de foire perché sur une échelle et d’attendrir aux larmes quand il se concentre sur un Furtiva lagrima aux couleurs d’âme.

Le baryton basse Ambrogio Maestri était déjà Dulcamara, en 2006. Il s’en empare à nouveau avec son timbre au tonus d’or noir et son humour ravageur. A côtés de ces trois perles, le jeune baryto Mario Cassi a du mal à imposer un Belcore, rouleur de mécaniques. Pâlichon dans les premières scènes il finit par trouver sa juste place quand les dés de son manège sont jetés.

Les chœurs, une fois de plus, sont superbes, accordés en finesses, alertes et mélodieux

Dans la fosse, le chef Donato Renzetti soutient en souplesse vigilante les pirouettes de ces bêtes de scènes et fait chatoyer Donizetti dans toutes les nuances de son arc en ciel musical.

L’Elisir d’Amore de Gaetano Donizetti, livret de Felice Romano d’après Le Philtre d’Auber d’Eugène Scribe. Chœurs et orchestre de l’Opéra National de Paris, direction Donato Renzetti, chef de chœurs Jose Luis Basso, mise en scène et costumes Laurent Pelly, décors Chantal Thomas, lumières Joël Adam. Avec Aleksandra Kurzak, Roberto Alagna, Mario Cassi, Ambrogio Maestri, Mélissa Petit.

Opéra Bastille, les 2, 11, 14, 18, 21, 25 novembre à 19h30, le 5 à 20h30, le 8 à 14h30

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

Photos Vincent Pontet

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1 Message

  • L’ELISIR D’AMORE de Gaetano Donizetti 5 novembre 2015 18:54, par Alice Demet

    J’ai beaucoup aimé ce spectacle qui a tout pour plaire, aux jeunes de 7 à 77 ans. La mise en scène est désopilante et les artistes se prêtent tous au jeu pour faire de cet "Elisir" un spectacle drôle, amusant, mais surtout magnifiquement interprété par une Aleksandra Kurzak adorable, et vocalement superbe. J’espère d’ailleurs qu’on la reverra à la Bastille dans les saisons à venir. Mais aussi par un Roberto Alagna sachant allier la drôlerie et la tendresse avec maestria. Sans compter qu’il est dans une forme vocale excellente... avec des aigus insolents, des nuances et des allègements qui lui donnent cette jeunesse vocale type pour le rôle . Et à ce propos je m’étonne d’ailleurs de "la note ratée" escamotée par une culbute... Je n’ai entendu aucune note ratée... C’était à quel moment ?

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