Accueil > L’Avare de Molière

Critiques /

L’Avare de Molière

par Jean Chollet

L’argent en consolation

Partager l'article :

Lors de sa création le 9 septembre 1668 au Théâtre du Palais Royal, cette comédie en cinq actes et en prose, inspirée d’une pièce de Plaute, La Marmite, ne connu pas un franc succès et sera très peu reprise dans les quatre années suivantes. Elle compte pourtant depuis parmi les œuvres de Molière les plus représentées, et fait régulièrement l’objet de “relectures” plus ou moins éclairées. Son intrigue, est construite dans l’histoire d’un homme riche, Harpagon, égoïste obsédé par l’argent, dont il fait le moteur essentiel de son existence, en particulier au détriment de ses deux enfants. Elise, amante de Valère, qu’il souhaite surtout marier “ sans dot ” à un parti avantageux, et Cléante, qui partage l’amour de la jeune Mariane que le vieil homme compte épouser. Autour d’eux, personnages, situations, conflits et rebondissements, dont la disparition de la fameuse cassette contenant les dix mille écus en or du père tyrannique, incitent à envoyer au diable “ l’avarice et les avaricieux”. Avant un coup de théâtre final, qui laisse un homme solitaire animé du seul désir de revoir son argent.

En résonance à notre époque

La scène est à Paris indique Molière en préambule, et plus précisément dans la maison d’Harpagon, ce que la scénographie de Gilles Taschet traduit dans un volume habillé de lambris de bois et de volets, essentiellement habité d’un fauteuil, témoignant du peu d’engagement de dépenses mobilières du propriétaire, sous les lumières de Mark Skatchko.

Dans cet espace scénique dépouillé, la mise en scène intelligente et maitrisée de Jean-Louis Martinelli trouve une résonance et une fonctionnalité adaptées. Elle semble rejoindre la perception de Roger Planchon, mentionnée dans une préface à une édition de L’Avare en Livre de poche (1985), “ Molière ne peint jamais un caractère, il raconte une histoire.”. Et, c’est bien ce qui apparaît dans cette création où la transposition dans notre époque ne s’appuie pas seulement sur les costumes contemporains (Ursula Patzak), mais tisse, sans gommer la comédie provoquant le rire, une peinture sociétale des comportements en miroir avec la réalité présente, où l’argent et la finance sont devenus signes de puissance et de plaisir absolu pour certains. A quelques différences près. Aujourd’hui, Harpagon n’enterrerait pas sa cassette dans son jardin, mais aurait trouvé un paradis fiscal rémunérateur, comme beaucoup de ses semblables. Dans ce rôle, qui bien trop souvent verse dans la caricature bouffonne, Jacques Weber livre avec mesure les différents aspects de ce monstre d’égoïsme aux accents terrifiants, dont il exprime l’avarice maladive, les obsessions ou les névroses issues d’une vie de solitude que l’âge aidant n’a pu combler. Sans ouvrir sur une justification convaincante, mais en témoignant des apories et des vides intérieurs qui habitent tout être humain, parfois de manière poignante. Autour de lui, dix comédiens font preuve globalement d’une vitalité convaincante, parmi lesquels on retiendra en particulier l’interprétation savoureuse de Christine Citti, intrigante et aguichante manipulatrice Frosine.

L’Avare de Molière, mise en scène Jean-Louis Martinelli, avec Jacques Weber, Christine Citti, Rémi Bichet, Sophie Rodrigues, Alban Guyon, Jacques Vezier, Gilles Vajou, Vincent Debost, Marion Harlez Citti, Paul Minthe, Azize Kabouche. Scénographie Gilles Taschet, lumière Jean – Marc Skatchko, costumes Ursula Patzak, son La Manufacture sonore. Durée 2 heures 20.

Théâtre Dejazet – Paris jusqu’au 2 janvier 2016

Photo ©Pascal Victor/ArtcomArt

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.