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L’Avaleur d’après Jerry Sterner

par Corinne Denailles

Le règne des ogres

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Dans le cadre de la programmation des Tréteaux de France, Robin Rennucci met en scène L’Avaleur d’après Other people’s money de l’Américain Jerry Sterner (1939-2001) qui savait de quoi il parlait car il a été homme d’affaires avant de devenir écrivain. Comme Michel Vinaver, Jerry Sterner a usé de sa connaissance du monde des affaires pour écrire une comédie dramatique efficace. Il peint la fin d’un monde où l’industrie pouvait encore relever de l’entreprise familiale et le début de l’ère de la financiarisation de l’économie qui permet à d’habiles hommes d’affaires de jongler avec les entreprises sans aucune considération humaine dans le seul but de réaliser des profits. La pièce de Sterner se passe aux Etats-Unis mais Robin Renucci l’a transposée. L’entreprise familiale Le câble français de Cherbourg va être avalée par un trader de la City à Londres. La pièce, assez manichéenne et caricaturale, oppose deux camps aux forces inégales. La petite famille voit les manigances de l’ogre sans trouver aucun recours. C’est que leurs valeurs sont incompatibles. Cette entreprise à taille humaine ne peut rien contre les manœuvres financières.

Xavier Gallais, bluffant en trader boulimique

Robin Renucci a stylisé l’espace et caricaturé les personnages (perruques artificielles à la Simpson, costumes grotesques aux couleurs criardes). Cela a pour effet d’universaliser le propos et d’étendre l’histoire singulière à l’ensemble de l’économie mondiale, mais ce principe déshumanise les personnages qui par voie de conséquence manquent d’épaisseur. A part le trader qui lui n’en manque pas. Ogre des temps modernes remarquablement interprété par Xavier Gallais qui prend des airs du loup de Tex Avery, format obèse, survolté, mu par ses pulsions et ses désirs et redoutable d’intelligence. Xavier Gallais joue admirablement de sa silhouette envahissante et de son accoutrement de poupée gonflable. A la limite de la pathologie, Franck Kafaim convoite l’argent comme les femmes ou la nourriture, avale tout sans distinction et sans scrupules pourvu que cela satisfasse ses désirs, qu’il distingue des besoins trop triviaux ; lui revendique le superflu. L’interprétation de Xavier Gallais, mélange de clown, de personnage de conte et de toon, est un vrai régal ; le burlesque renforce le cynisme du personnage qui s’amuse beaucoup comme un chat avec la souris qu’il va forcément estourbir. L’effet est glaçant.

L’Avaleur d’après Other people’s money de Jerry Sterner ; adaptation Evelyne Loew ; mise en scène robin Renucci. Avec Nathalie Darmon, Maryline Fontaine, Xavie Gallais, Robin Renucci, Jean-Marie Winlling. Scénographie, Samuel Poncet ; costumes, Thierry Delettre ; lumières Julie-Lola Lanteri-Cravet ; musique, Gabriel Benlolo. A la Maison des métallos jusqu’au 18 février 2017. Durée : 1h40.
A partir de 13 ans

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