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L’Attentat d’après Yasmina Khadra

par Gilles Costaz

Tragédie à Tel Aviv

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C’est sans doute la première fois qu’on adapte au théâtre un roman de l’Algérien Yasmina Khadra. L’Attentat est l’un de ses livres les plus connus, et les plus dérangeants par rapport à la société israélo-palestinienne. A Tel-Aviv, un grand médecin d’origine arabe, ayant la nationalité israélienne, apprend par la police qu’un acte de terrorisme vient d’être commis : une femme kamikaze s’est fait exploser dans un restaurant. Et cette femme, c’est son épouse qui semblait une femme totalement intégrée à la riche société de Tel Aviv et avec laquelle il croyait avoir une complicité de tous les instants. Ses certitudes s’effondrent. Brisé, il fait face à une police impitoyable, enquête sur le passé de sa femme, et retourne dans les milieux palestiniens dont son épouse et lui-même sont originaires. Est-il un traître, lui qui a réussi ? Aucun des deux camps en présence n’a de l’estime pour lui. Il est abandonné, mal-aimé et incompris, persuadé un moment que sa femme avait un amant dans son clan de combattants. A côté de lui se poursuit une guerre sur laquelle il avait peu à peu fermé les yeux...
L’ouvrage n’est évidemment pas favorable à la politique d’Israël, mais il ne prend pas parti d’une manière théorique. Il est froid, coupant, tend à secouer les certitudes du lecteur et du spectateur par le caractère implacable du récit. L’adaptation d’Amandine Klep et de Franck Berthier commence en séquences hachées puis se développe en scènes plus longues pour entrer dans le mental d’un homme détruit et le secret du monde palestinien. La mise en scène de Franck Berthier aime les atmosphères, cerne les personnages dans des décors qui changent selon les lieux traversés et qui, d’abord très quotidiens, acquièrent une sorte d’étrangeté. Il y a là un goût de l’effet qui peut être appuyé mais est toujours efficace. D’ailleurs cette recherche de l’image coup de poing disparaît dans les scènes belles et sobres où le médecin rencontre sa soeur de lait, fort bien jouée par Danielle Lopès. Les moments « bourgeois » (le médecin a une maîtresse) sont plus conventionnels. L’ensemble n’en est pas moins mené avec rigueur et porté par l’interprétation poignante, sensible, brûlante, de Bruno Putzulu. Comme ce comédien sait exprimer la déchirure, les souffrances intimes, sans passer par le pathétique ! Il rend palpables avec une sorte de grâce la douleur, la peine et le désarroi. Jean-Marie Galey, lui, se charge de deux rôles, le chef de la police et un vieux pasteur, avec un sens très exact du personnage haut en couleur. Arben Bajraktaraj, Jean de Connink et Magali Genoud interprètent les autres rôles secondaires comme sur un écran, dans un style enlevé. D’ailleurs la soirée est construite en plans-séquence : c’est du théâtre envieux de la percussion du cinéma et trouvant ainsi un langage d’une belle nervosité.

L’Attentat d’après le roman de Yamina Khadra, adaptation d’Amandine Klep et Franck Berthier d’après le texte traduit par Anne-Marie Ducreux Palenicek (éditions Julliard), mise en scène et scénographie de Franck Berthier, décor de Franck Berthier et Gérard Bourgey, décor de Mireille Dutriévoz, costumes d’Elvire Le Garrec, son d’Eric Dutriévoz, avec Bruno Putzulu, Arben Bajraktaraj, Jean de Connink, Magali Genoud, Danielle Lopès, Jean-Marie Galey.

Théâtre des Halles, Avignon, 19 h.

Photo Grégoire Zibell.

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