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L’ Aquarium d’hier à demain

par Dominique Darzacq

François Rancillac célèbre les 50 ans du théâtre qu’il dirige

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Conjuguer les turbulences de la création et l’exigence d’un théâtre Service Public a toujours été pour François Rancillac une ardente obligation, qu’il dirige le Théâtre du Peuple à Bussang (1991-1994), la Comédie de Saint-Étienne ( 2002-2009) et aujourd’hui le Théâtre de l’Aquarium qu’il anime depuis 2009.
Incertain sur son avenir à la tête de ce théâtre, le Ministère de la culture n’ayant encore pas statué, semble-t-il, sur la reconduction d’un troisième mandat, François Rancillac a décidé de célébrer et fêter (du 2 au 8 novembre) le cinquantenaire du Théâtre de l’Aquarium.
Il nous dit comment et pourquoi
.

J’ai toujours été très sensible à l’histoire des lieux dont on me confiait la direction. Comprendre l’histoire de ces théâtres, les enjeux qui ont présidé à leur naissance, à leur évolution, est pour moi essentiel afin d’en mieux imaginer le présent et les promesses d’avenir. Afin aussi de partager ces réflexions avec mes équipes qui font vivre ces théâtres au quotidien, et bien évidemment avec les publics qui en dernier ressort fondent notre légitimité. Etant un homme de plateau, c’est par la scène que je pense pouvoir le mieux transmettre ce regard sur le passé en partant chaque fois de mon point de vue de metteur en scène-directeur, reprenant le flambeau de ces maisons à un moment précis de leur histoire, de leurs forces et de leur fragilité. Avec la conscience aiguë et sereine d’être un héritier (je n’ai pas fondé ces maisons !) et un transmetteur (il s’agira chaque fois de passer le flambeau à un(e) autre artiste qui continuera, à sa manière propre mais (j’espère !) dans une continuité organique, à faire grandir ce lieu et à promouvoir les valeurs essentielles de “ théâtre de Service Public ” au plus grand nombre de spectateurs les plus divers, à l’image de notre société.

Transmettre, c’est d’abord transmettre aux jeunes générations. C’est pourquoi je tiens à ce que ces spectacles “ historiques ”, didactiques (au meilleur sens du terme) soient l’occasion d’une transmission à de jeunes comédiens en formation qui, en général, ignorent tout ou presque tout de l’histoire du théâtre qui les a précédés. Pour raconter l’aventure du Théâtre de l’Aquarium, j’ai donc sollicité toute une promotion de l’ESAD, école supérieure parisienne (qui vit au cœur des Halles). Son directeur, Serge Tranvouez, a tout de suite répondu à l’appel, en me confiant ses 14 jeunes comédiens actuellement en troisième année.

Dans ce spectacle, faites-vous référence aux origines universitaires de la troupe et évoquez-vous ses premiers spectacles, ceux d’avant la Cartoucherie. ?

Bien sûr ! Il était indispensable, à travers l’histoire de l’Aquarium, de rendre hommage à la vitalité du théâtre universitaire des années 60 et 70 (qui donne à réfléchir sur l’actuelle création théâtrale universitaire…). Jacques Nichet et ses comparses d’alors (dont surtout Bernard Faivre) n’auraient sans doute jamais orienté leur compagnie sur les chemins d’un théâtre engagé dans les questions sociales contemporaines, s’ils n’avaient pas baigné dès le début dans le bouillonnement estudiantin de la fin des années 60, avec l’explosion que l’on sait durant un certain mois de mai 68…

Une autre manière de penser le théâtre

Y évoquez-vous ce que représente son implantation dans la Cartoucherie ?

Les premiers succès de l’Aquarium universitaire (qui a été très vite remarqué pour son inventivité et sa méthode de travail en collectif) l’ont aidé à passer le cap du professionnalisme. Reste que le travail d’enquête, d’allers-retours incessants entre la réflexion dramaturgique et les improvisations au plateau, d’où naissait peu à peu une écriture, un spectacle, réclamaient un abri qui puisse permettre ce très long temps de maturation (de 4 à 12 mois de travail par spectacle !). L’Aquarium a donc cherché à se poser quelque part, mais en dehors de l’institution, afin de s’inventer son propre outil, son propre lieu où accueillir à sa manière les spectateurs. La main tendue (en octobre 72) d’Ariane Mnouchkine et Jean-Marie Serreau, qui avaient déjà investi la Cartoucherie depuis fin 70, en les invitant à venir occuper la dernière nef en friche, a été pour eux une bénédiction. Et un rebond essentiel dans leur aventure.

Je me suis surtout attaché dans le spectacle à venir sur ces années-là : l’invention d’une autre manière de penser le théâtre en cohérence avec l’espoir d’une autre société plus juste, plus démocratique. L’Aquarium est à ce titre exemplaire de toute une époque : il a tendu vers une réelle “ création collective ”, avec égalité des salaires, refus de toute hiérarchie, de toute division du travail, pour rendre compte collectivement de quelques sujets chauds de la société capitaliste des années 70 : la servitude volontaire ( Les Evasions de Mr. Voisin ), la spéculation immobilière (Marchands de ville ), la presse (Gob, ou le journal d’un homme normal ), la justice à deux vitesses (Tu ne voleras point ), les luttes ouvrières ( La jeune lune tient la vieille lune toute une nuit dans ses bras ), la condition féminine (La sœur de Shakespeare ), le troisième âge (Pépé ), le système éducatif ( Conseil de classe très ordinaire ), etc.

Evidemment, cette utopie en actes d’une communauté égalitaire a été très difficile à inventer, à mettre en place, à tenir dans la durée. Mais, à travers les innombrables et interminables AG (où tout se discutait et se décidait), à travers de multiples textes de réflexion (publiques, en interne, journaux de travail…), on découvre un Aquarium en perpétuelle réflexion sur lui-même, en permanente autocritique pour tenter de déjouer les effets pervers de l’égalitarisme forcené, de dénouer les tensions entre le collectif et les désirs des différents artistes (et quels artistes !). Jusqu’à , en toute lucidité, passer du collectif à la collégialité, à partir des années 80.

Outre le spectacle que je prépare, cet anniversaire sera émaillé de nombreuses autres manifestations , lectures, débats, rencontres, colloques, et des concerts proposés par l’Ensemble Aleph et le quatuor Leonis qui nous feront entendre des musiques d’aujourd’hui où résonnent les bruits et les fureurs de l’Histoire.
Et on fera aussi la fête, après la dernière représentation du dimanche 8, avec un bal seventies (à 21h).

Au moment où vous célébrez le cinquantenaire de l’Aquarium, quelle est la situation du directeur que vous êtes ? Le ministère persiste-t-il dans sa décision de ne pas reconduire votre mandat ? Quelles raisons vous a-t-il données ?

Au jour d’aujourd’hui, j’attends encore la décision de la Ministre de la culture qui doit trancher entre le renouvellement pour trois ans de mon projet mis en place depuis six ans et le projet avancé par la DGCA d’un “ phalanstère à compagnies ”, qui renfermerait le lieu sur le travail d’un(e) seul(e) artiste. Ce qui signifierait la fin de l’esprit de partage du formidable outil de travail qu’est l’Aquarium, avec les artistes associés, invités , avec les multiples actions de sensibilisation des publics et de pratique artistique en direction des adolescents, des amateurs, des jeunes en formation dans les Conservatoires d’arrondissements de Paris et de banlieue, dans les Ecoles supérieures, etc. Ce projet de “ phalanstère ” (pour compagnies déjà bien cotées et bien dotées) est assurément une très mauvaise idée pour l’Aquarium et pour l’ensemble de la Cartoucherie, car, refermé sur lui-même, un lieu s’asphyxie. Encore plus à Paris.

Pour quelle raison souhaitez-vous effectuer un troisième mandat ?

Lorsque je suis arrivé à l’Aquarium, mon objectif était d’en faire une fabrique de théâtre , un chantier d’expérimentation des formes en même temps qu’un lieu de rencontres et d’échanges où se conjuguent en même temps la création et la transmission. J’ai dans cet esprit crée le Festival des Ecoles de théâtre autour duquel se rassemblent le public et les professionnels. Nous avons ainsi amorcé une dynamique qu’il faut aujourd’hui consolider. On commence depuis trois ans à en voir les retours en spectateurs (le nombre de spectateurs payants a augmenté de 50%, ces trois dernières années !) – avant de transmettre le flambeau à un(e) artiste directeur/trice qui continuera à sa manière à faire de l’Aquarium un lieu bouillonnant, ouvert sur le monde de la création et ouvert aux générations futures.

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