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Critiques / Théâtre

L’Analphabète d’Agota Kristof

par Gilles Costaz

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Ce n’est pas au monde romanesque d’ Agota Kristof que Nabib El Azan donne la parole dans son nouveau spectacle, mais à Àgota Kristof elle-même, dévoilant quelques pans de sa biographie. Pas à l’auteur du Grand Cahier, mais à celui de L’Analphabète où l’écrivain se souvient de son enfance dans son pays natal, la Hongrie, de sa fuite du régime communiste grâce à une filière clandestine – elle traverse les frontières avec son mari et sa fille âgée de quatre mois -, de son arrivée et de son installation en Suisse (où elle est longtemps ouvrière dans une usine d’horlogerie) et de l’écriture de ses premiers livres, alors qu’elle ne s’imaginait pas capable d’écrire en français. Pourquoi se dit-elle « analphabète » ? Parce qu’elle, qui était un enfant si brillant dans sa patrie et avait su lire de façon très précoce, ne savait plus rien quand il lui fallut pratiquer la langue de la Suisse romande. Quel combat ! Quel long combat ! Combat définitivement gagné le jour où les éditions du Seuil, éblouies par le manuscrit de cette inconnue, lui téléphonèrent qu’elle était un grand auteur et qu’ils allaient publier cet ouvrage écrit dans un français remarquable...
Quelques images, quelques phrases s’inscrivent sur le fond de scène. Mais l’actrice est seule, debout, se détachant dans le noir. C’est Catherine Salviat, douce, paisible, narrant sans colère ni dramatisation ce récit important pour l’histoire de l’Europe et de la littérature. Elle donne de la clarté et une émotion à chaque moment, à chaque épisode, à chaque confidence. Nabil El Azan et Catherine Salviat font passer le texte comme Agota Kristof a traversé les frontières, comme un secret. Mais ce secret peut enfin échapper à la nuit et ce spectacle se vivre comme un passage de l’ombre à la lumière.

L’Analphabète d’Agota Kristof, mise en scène de Nabil El Azan, scénographie d’Ali Cherri, lumières de Philippe Lacombe, costumes de Danièle Rozier, avec Catherine Salviat.

Les Déchargeurs, 19 h 30, tél. : 01 42 36 00 50, jusqu’au 22 novembre. (Durée : 1 h 30). Texte paru aux éditions Zoé. (A noter qu’un spectacle du même metteur en scène, Nabil El Azan, Les Pâtissières de Jean-Marie Piemme, créé l’an dernier aux Déchargeurs, également remarquable, est repris au Vingtième Théâtre du 18 décembre au 22 février. Voir notre critique dans les archives du site).

Photo Déchargeurs, le Pôle Média.

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