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Critiques / Théâtre

L’Abattage rituel de Gorge Mastromas de Dennis Kelly

par Corinne Denailles

Deux mises en scène à l’affiche

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Enfant, il prenait toujours le parti des plus faibles et c’est précisément ce qui déclencha le cercle infernal dans lequel il s’engage sans y prendre garde. Soudain, la coupe est pleine, il renverse la table et décide de changer de camp. Il prend le pouvoir, apprend à mentir comme une seconde nature, mène ses amoureuses en bateau. Enivré par sa réussite, il construit un empire économique sur le dos des autres et ira jusqu’à voler l’enfance de sa copine pour se l’approprier et en faire un livre. A chaque étape de sa vie, la question se pose : « Bonté ou lâcheté ? ». Ça finira très mal. Une mise en pièce d’un système qui favorise le goût du pouvoir et l’art de la manipulation.
On peut voir deux mises en scène de cette pièce étonnante de Dennis Kelly. L’une de Chloé Dabert qui connaît cet auteur dont elle a mis en scène Orphelins avec beaucoup de talent (voir article webtheatre du 16 juillet 2014). La seconde est de Maïa Sandoz, qui avait mis en scène des textes de l’Allemand Mayenburg dont le propos et le traitement distanciés sont proches de celui de Kelly.
Chloé Dabert a fait le choix d’une scénographie lisse, nette, claire, faite de panneaux de bois mobiles ou translucides laissant transparaître des scènes d’arrière-plan. Maïa Sandoz, elle, a fait le choix de montrer le désordre intérieur du personnage ; le plateau est jonché d’objets hétéroclites, les comédiens se changent à vue ; c’est comme si elle avait retourné le costume pour en montrer la doublure intérieure.
Dans le spectacle de Chloé Dabert, un narrateur, façon stand up, tient le fil de l’histoire et joue volontiers avec le public. Chez Maïa Sandoz, la partition est dite de manière chorale ; les comédiens se renvoient le texte qui rebondit de l’un à l’autre, les mots parfois se chevauchent, le rythme se brise et repart, c’est très beau.
Chacune porte un regard singulier sur ce texte à la structure complexe qui a dû donner du fil à retordre pour le rendre lisible tout en respectant un mode de narration singulier. Grâce au talent des comédiens, nous ne perdons pas le fil de cette histoire féroce.

L’Abattage rituel de Gorge Mastromas, traduction, Gérard Watkins ; mise en scène Chloé Dabert, avec Bénédicte Cerutti, Gwenaëlle David, Marie-Armelle Deguy, Olivier Dupuy, Sébastien Eveno, Julien Honoré, Arthur Verret ; scénographie et vidéo, Pierre Nouvel ; lumières : Kelig Le Bars ; son, Lucas Lelièvre ; costumes, Pauline Kieffe. Au théâtre du Rond-point jusqu’au 14 mai à 21h. Durée : 2h. Photo de droite : Solange Abaziou.

L’Abattage rituel de Gorge Mastromas, texte Dennis Kelly, Editions de l’Arche ; mise en scène, Maïa Sandoz ; traduction, Gérard Watkins ; création son, Christophe Danvin ; création lumière, Julie Bardin ; scénographie et costumes, Catherine Cosme. Avec Adèle Haenel, Aurélie Vérillon, Paul Moulin , Serge Biavan, Gilles Nicolas , Maxime Coggio, Christophe Danvin. A Ivry, au TQI, la manufacture des œillets à 20h30. Durée : 1h45. Photo de gauche

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