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Critiques / Théâtre

Joséphine B de Xavier Durringer

par Gilles Costaz

La reine noire des années 30

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On n’attendait pas Xavier Durringer, l’auteur de formidables « chroniques urbaines » et le cinéaste fiévreux d’une société explosive, sur le terrain de l’histoire du music-hall. Pourtant il écrit et met en scène une histoire de Joséphine Baker ! En fait, l’auteur de Bal-Trap et d’Acting a toujours été intéressé par les cultures africaines, antillaises et afro-américaines. Parler de Joséphine Baker, pour lui, c’est parler du destin des noirs et des métis à l’intérieur des sociétés à dominante blanche. La danseuse glorieuse des années 30 est précisément une artiste américaine qui a connu la misère et l’humiliation aux Etats-Unis avant de devenir une vedette adulée à Paris. Comme le spectacle est court, la pièce ne fait que mentionner les ultimes années où Joséphine Baker adopte des enfants, se dévoue pour les autres et meurt ruinée. C’est avant tout la danseuse-chanteuse qui est ressuscitée, depuis sa sombre période d’artiste itinérante dans son pays d’origine jusqu’à son triomphe à Paris. C’est alors l’ascension d’une femme de couleur très dévêtue, aux hanches prises dans un régime de bananes…
Tout, dans la transcription théâtrale de cette vie courant de la souffrance au bonheur, relève de la perfection : condensé et vivacité du récit, rythme haletant, environnement vidéo aux images tantôt historiques tantôt ludiques, élégance de la scénographie, chorégraphie savante et endiablée, maîtrise d’une scène étroite utilisée dans ses dimensions réelles et ses possibilités virtuelles, accompagnements musicaux (enregistrés), jeu des deux acteurs. C’est évidemment les acteurs qu’on attendait au tournant. Et ils ne ratent pas ces virages torsadés dans la course en avant de la biographie et les déhanchements furieux du charleston et du lambeth walk . On est dans le chaloupé permanent. En Joséphine B, Clarisse Caplan porte les plumes, les bananes et la nudité ave un allant de reine populaire. Sous un casque de cheveux noirs de garçonne, démultipliant les éclairs des bras et des jambes, elle sait aussi dessiner les émotions, les fêlures, les coups de foudre. Elle retrouve ce quelque chose, cette différence pour lesquels toute une capitale s’enflamma dans l’entre-deux-guerres. Son partenaire, Thomas Armand, doit troquer une identité contre une autre à bien des reprises, être le boy des Folies-Bergère mais aussi tous les hommes qui passent dans cette vie et même des personnages féminins. Il est brillant et d’une gaîté contagieuse. Ce couple est dans sa dualité totalement accordé. Dans sa mise en scène, Xavier Durringer introduit, sous l’allégresse, une vérité implacable. Il semble dire : quand on venait applaudir Joséphine Baker, venait-on voir d’un œil lubrique une descendante de la vénus hottentot qu’on exposait au temps des colonies ou sans esprit de supériorité un prodige de la danse et de l’art au féminin ? Le spectateur, bien qu’emporté par la maestria de la soirée, ne peut pas ne pas s’interroger sur les bons et les mauvais sentiments de nos ancêtres, que, sans doute, nous portons encore en nous.

Joséphine B de Xavier Durringer, mise en scène de l’auteur.
Avec Clarisse Caplan et Thomas Armand.

La Scène parisienne, 19 h, tél. : 01 40 41 00 00, jsqu’au 3 janvier. (Durée : 1 h 10).

Photo Pascal Gély.

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