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Critiques / Théâtre

Jeanne et Marguerite de Valérie Peronnet

par Gilles Costaz

L’amour épistolaire

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Sur scène, juste une comédienne, Françoise Cadol, un bureau, une chaise, quelques rayonnages. Mais on va y voir bien plus que cela. L’actrice joue deux personnages. Une femme qui vit aujourd’hui, Jeanne. Une autre qui vécut il y a cent ans, Marguerite. Toutes les deux écrivent des lettres à leur amant, ou à celui qui va le devenir. Dans les deux cas, ce sont des êtres qui savent attendre : l’homme joue le mystérieux, l’invisible, l’intouchable. Qu’importe ! Elles vivent pour cet absent, quand bien même la vie crée d’autres rencontres pour l’autre et pour elles-mêmes. Les histoires se mêlent. Souvent on ne sait plus qui écrit, ni qui aime qui. C’est un même fleuve de passion. Le temps passe, l’amour et l’écriture ne faiblissent pas. L’auteur Valérie Péronnet a retrouvé une correspondance ancienne et elle a construit, avec du vrai et de l’imaginaire, ce récit à la première personne où les parallèles se rejoignent. D’ailleurs, on confond les personnages sans les confondre tout à fait parce que l’histoire d’Eugène, l’amant de Marguerite, est particulièrement romanesque : il est une sorte d’agent secret au moment de la guerre de 14.

« Jeanne et Marguerite » est l’un de ces spectacles qui sont faits avec peu de choses et peu de moyens et qui trouvent, on ne sait pas bien pourquoi, l’accord parfait. La mise en scène de Christophe Luthringer, qui se permet deux ou trois effets cinématographiques mais reste surtout dans l’économie des mouvements et la délicatesse des détails, a des battements d’oiseau. C’est fait au pinceau. Et les lettres entassées sur la table s’envolent ! Françoise Cadol, sans avoir besoin de passer par les vibratos, fait passer toutes les vibrations : le sentiment amoureux, l’attente, l’impatience, l’emballement, l’angoisse, la joie de vivre. Elle est miraculeuse dans l’expression du chant de ces correspondances et histoires croisées. On lui doit, ainsi qu’à Luthringer, l’un de ces petits spectacles qui restent en vous plus longtemps que bien des machins starisés et sur-standardisés.

Jeanne et Marguerite de Valérie Péronnet, mise en scène de Christophe Luthringer, lumières de Thierry Alexandre, son de Franck Gervais, musique de Gérard Elliott, costumes d’Alice Touvet, avec Françoise Cadol et les voix d’Emmanuel Jacomy et Rémi Bichet.
Studio Hébertot, 21h, tél. : 01 42 9313 04. (Durée : 1 h).

photo Palazon

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