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Critiques / Théâtre

Je ne vous aime pas de Pierre Notte

par Gilles Costaz

Amateurs et professionnels : le duel.

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Une nouvelle pièce de Pierre Notte ? Oui, et, pourtant, un texte qui ne lui ressemble pas totalement, qui n’est pas dans la continuité de ce que l’auteur a écrit depuis Moi aussi je suis Catherine Deneuve jusqu’à son prochain titre annoncé pour Avignon, L’Homme qui dormait sous mon lit. Ce texte, présenté aux Déchargeurs, porte la mention « en complicité avec Marianne Wolsohn ». Il est le résultat d’une commande sur le thème du contraste entre le théâtre professionnel et le théâtre des amateurs. Si les pros ont généralement un zeste de mépris à l’égard des dilettantes, Notte, qui travaille dans les lycées, en région et dans les marges, aime au contraire ces équipes et ces spectacles qui créent des pièces hors de la frénésie parisienne et des modes intellectuelles. Dans cette pièce, il est même allé jusqu’à intégrer des phrases prononcées par des habitants de la Communauté de communes de la Picardie verte pour les besoins d’une enquête sociologique. L’on est donc un pied dans le réalisme, un pied dans le débat et le troisième dans la liberté que s’accorde tout auteur.
Une actrice qui a eu son heure de gloire à Paris, jusque sur la scène de la Comédie-Française, vient jouer dans une petite localité picarde. Une élue, toute dévouée au théâtre et à la culture dans sa rgion, fait visiter à la comédienne l’ « espace » où elle doit donner sa représentation. Ce lieu n’est pas du goût de l’ex-vedette. Une pique, puis deux, et c’est la guerre entre les deux femmes. Guerre autour des conditions de jeu et surtout autour des notions liées à l’élite, à Paris, aux villes et aux campagnes. Notte précise : « Il y est question de l’idée, le rôle, l’image que chacun a du théâtre. Ce que chacun en sait ou croit en savoir et qui induit intolérance, arrogance, mépris ».
Avec ses conflits traités en grandes tirages, l’on se croirait plus chez Anouilh que chez Notte ! Beaucoup de développements, beaucoup d’états d’âme. Dans une mise en scène dépouillée (juste des fauteuils rouges de théâtre), l’interprétation est d’une grande force : Marianne Wolfshon incarne l’actrice parisienne en en dégageant dans une belle évidence les ridicules et les souffrances ; Nathalie Bécue lui oppose une présence tendue, souvent fermée et hostile, impressionnante. Sylvie Laguna prend en charge, dans une vérité particulièrement sensible, un troisième rôle, qui est celui d’une femme extérieure aux milieux culturels et représentant ce qu’on appelle à présent « les gens ». Ce que dit Je ne vous aime pas concerne tous les publics et aidera à dépasser les esprits de chapelle On espère qu’un tel spectacle, bien pensé, pourra être repris à Paris et tourner à travers la France.

Je ne vous aime pas de Pierre Notte « en complicité » avec Marianne Wolfsohn, mise en scène de Marianne Wolfsohn, assistanat d’Ophélie Koering, « coach action » de François Rostain, lumières d’Elodie Tellier, costumes de Donate Marchand, avec Nathalie Bécue, Sylvie Laguna, Marianne Wolfsohn.

Les Déchargeurs, tél. : 01 42 36 00 50.

Photo Pascal Gély.

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