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Jacques Osinski, metteur en scène

par Dominique Darzacq

Un conte mélancolique et léger

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Directeur du CDN des Alpes, Jacques Osinski, monte le Conte d’hiver de Shakespeare.
Pour Jacques Osinski, enfant de la balle, une mère comédienne, un père pianiste, il fut très tôt évident que le théâtre était la seule terre habitable, en même temps que le promontoire d’où se parle le monde. Depuis la création de sa compagnie en 1991, attentif aux écritures charpentées, il n’a cessé d’afficher sa prédilection pour les auteurs du XXe siècle (Schnitzler, Horvath, Hamsun, Dagerman, Strindberg) avec détours du côté des classiques (Marivaux, Molière, Shakespeare) qui sont pour lui « comme un retour aux sources ». Après L’Usine du jeune auteur suédois Magnus Dahlström qui disait la violence des rapports humains réglés par un ordre social impitoyable, créée la saison dernière, c’est avec Shakespeare qu’il se ressource pour mieux prendre son envol vers de nouvelles aventures.

Pourquoi Shakespeare et Le Conte d’hiver ?

Il y a, pour moi, plusieurs raisons de monter Le Conte d’hiver, qui n’est pas du reste la pièce la plus jouée. Texte du passé, il est forcément loin de nous, mais les thèmes qui le traversent nous en rapprochent. C’est cette dualité du proche et du lointain qui m’intéresse dans cette pièce, de même sa tonalité à la fois mélancolique et légère. Un homme se retourne sur son passé et le regarde avec distance. On est loin des pièces historiques, notamment de Richard II, plus épique, plus proche de La Tempête. Shakespeare, alors dans un âge avancé, emprunte à la forme du conte, du rêve pour dire l’arrachement de l’enfance et méditer sur le temps qui passe et la mort.

On dit souvent qu’il y a deux pièces dans une ?

On peut le dire en effet. La première qui se passe en Sicile serait celle du drame de la jalousie du Roi Léontès qui entraîne la mort de sa femme et de son fils ; une autre plus légère, qui nous transporte en Bohème. On y retrouve les personnages hauts en couleurs des comédies de Shakespeare, un peu comme dans Le Songe d’une nuit d’été. Mais plus j’avance dans les répétitions, plus je m’aperçois qu’à travers la différence des couleurs, c’est sur le même fil que se tissent les deux pièces.

Comment scéniquement, passez-vous d’un pays à l’autre, d’une couleur à l’autre ?

Pour moi l’essentiel est et reste la clarté de la lecture du texte et la direction d’acteur. Je me méfie du foisonnement des images qui souvent bornent le sens. Ici, la scénographie, plutôt minimaliste, est conçue comme un espace évolutif. Dans la première partie, il sera très noir et blanc, avec de grands praticables blancs et des costumes très irradiants. Au fil de l’action, le décor se déconstruit pour arriver en Bohème, dans une atmosphère bucolique et colorée, avec des images vidéo très abstraites et graphiques, pour évoquer la nature.

Réinventer les gestes pionniers de la décentralisation

Vous êtes, depuis le mois de janvier de cette année, le nouveau directeur du Centre dramatique national des Alpes à Grenoble. Pourquoi avoir posé votre candidature au CDN de Grenoble et quels sont vos projets ?

Après quinze ans d’errance, j’ai crée ma compagnie La Vitrine en 1991, j’éprouvais le besoin de m’implanter dans un lieu, sur un territoire particulier et de pouvoir nouer un dialogue approfondi avec un public précis, ce que le nomadisme de la vie en compagnie ne permet pas, surtout en Île de France. Ce qui m’intéressait à Grenoble, c’est que le CDN est une véritable fabrique de spectacles. L’existence d’un atelier de décors et d’une salle de répétitions en font un espace où tous les métiers du théâtre se rencontrent, ce qui est de plus en plus rare aujourd’hui. Sa situation au sein de la MC2, où cohabitent également le Centre chorégraphique de Jean-Claude Gallota et les Musiciens du Louvre de Marc Minkowski, en font un lieu de bouillonnement propice à dynamiser l’énergie et l’imaginaire.
J’ai souhaité la mise en place d’un collectif artistique qui ira sur le terrain et avec lequel nous créerons des spectacles de formats variables en fonction des thèmes qui nous préoccupent et que nous tournerons dans le département et la région. Aujourd’hui plus que jamais nous devons aller hors les murs, retrouver en les réinventant les gestes pionniers de la décentralisation, trouver de nouvelles formes de dialogue autour de projets artistiques forts. C’est ainsi que pour les deux prochaines années, je compte réaliser ce que j’appelle une trilogie imaginaire allemande, constituée de trois pièces Un fils de notre temps d’Horvath, Dehors dedans de Borchert, Woyzeck de Büchner. Le but est de montrer comment trois auteurs différents répondent à la même question « Comment un individu en arrive-t-il à être broyé par une idéologie ». Elle fait écho à notre actualité.

Le Conte d’hiver de Shakespeare, mise en scène Jacques Osinski.
Du 13 au 15 mars au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yveline, di 1er au 13 avril au théâtre Jean Arp de Clamart, Reprise du 7 au 18 octobre à la MC2 de Grenoble

crédits photo : pierregrosbois.net

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