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Critiques / Théâtre

J’avais un beau ballon rouge de Angela Dematté

par Dominique Darzacq

seule la tendresse....

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Lui, le père (Richard Borhinger) commerçant attaché à la tradition, elle la fille, (Romane Borhinger) fait ses études en Sciences Politiques et veut changer le monde. Nous sommes en 1965 en Italie, dans la ville de Trente, près de Milan, berceau des Brigades rouges, dont les attentats et enlèvements marquèrent les années de plomb. A travers la relation conflictuelle entre un père et sa fille, c’est ce moment particulier de l’histoire italienne que retrace la pièce d’Angela Dematté, qui s’est inspirée de la trajectoire de Margharita Cajol, fondatrice avec son mari Renato Curcio des Brigades rouges.

Au fil de scènes brèves, ponctuées de quelques images vidéo, de communiqués de presse, d’extraits de correspondance, de chansons de l’époque, on voit l’histoire intime rejoindre la grande Histoire. Le dialogue entre le père et la fille, leurs silences pudiques ou réprobateurs, leurs altercations parfois vives, tracent le chemin de la jeune étudiante éprise de justice, s’insurgeant contre l’ordre établi, « ça m’a toujours donné à vomir de penser à une vie normale », sa rencontre avec Renato, son glissement idéologique qui l’amènera à vouloir être « l’étincelle qui met le feu à toute la plaine » .

Entre elle et son père, humaniste pétri d’un bon sens conservateur, un peu réac en somme, inquiet de l’évolution de sa « Poupette » et sceptique sur les idées qu’elle défend, « ça voudrait dire qu’il existe un système qui arrive à faire ce qu’a même pas été fichu de faire Jésus-Christ », l’incompréhension est totale et excède le simple conflit de génération. Ils n’ont pour s’accorder que leur indéfectible et mutuelle tendresse qu’exaltent les Borhinger père et fille qui rêvaient depuis longtemps d’être ensemble sur une scène.

Un rêve réalisé avec la complicité de Michel Didym qui les met en scène avec une grande sobriété et à contre emploi, puisque, et de leur propre aveu, dans la vie, des deux, le rebelle ce serait plutôt lui, Richard, magnifique et émouvant en père un peu taiseux et bourru, mais attentif, qui cherche à comprendre sans vraiment y parvenir. Pour sa part, c’est toute finesse et énergie mêlées que Romane Borhinger donne corps aux métamorphoses d’une jeune fille assoiffée d’absolu en révolutionnaire doctrinaire dont l’intransigeance finit par glacer le sang.

Par leur évident plaisir à être ensemble, leur perceptible connivence, acteurs à l’humus fécond, subtils explorateurs des méandres de leur personnage, Romane et Richard Borhinger, sont bouleversants et lestent d’intensité humaine une pièce plutôt schématique et cousue de stéréotypes.
Vu à sa création au Théâtre du Rond-Point, ce spectacle, et c’est heureux, est actuellement à l’affiche du Théâtre de l’Atelier

Photo Eric Didym

J’avais un beau ballon rouge de Angela Damatté. Mise en scène Michel Didym avec Richard Borhinger et Romane Borhinger( durée 1h30)

Théâtre de l’Atelier jusqu’au 3 janvier à 21h dimanche 15h tel 01 46 06 49 24

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