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Critiques / Théâtre

J’ai terriblement envie de vivre

par Jean Chollet

Tchekhov intime

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A travers ses pièces et ses nouvelles Anton Pavlovitch Tchekhov (1860 – 1904) est connu dans le monde entier. Pourtant, la personnalité et la trajectoire de vie de cet auteur majeur qui ont nourrit son œuvre, sont restées le plus souvent dans l’ombre. Aujourd’hui, Bruno Abraham-Kremer et Corinne Juresco tentent de lever le voile dans cette création scénique

pour appréhender l’homme et l’écrivain. Ils ont eut la bonne idée de réunir certains de ses écrits, en particulier sous leur forme épistolaire, où Tchekhov se révèle en livrant ses sentiments dans divers domaines. Depuis son enfance difficile à Taganrog, sur les bords de la mer d’Azov, jusqu’à la veille de sa mort à Badenweiler en Allemagne, à travers des étapes qui l’ont conduit de Moscou au bagne de Sakhaline en Sibérie, ou du sud de la France à Yalta. Se dessine ainsi un voyage au cœur de l’intime, à travers des messages familiaux, des échanges avec Alexeï Souvorine, éditeur et critique littéraire, Vladimir Nemirovitch Dantchenko, fondateur du Théâtre d’Art de Moscou, avec Konstantin Stanislavski, ou encore Maxime Gorki et bien sûr avec la comédienne Olga Léonardova Knipper qu’il épousa le 25 mai 1901. A travers ces ponctuations se dessine le portrait d’un homme d’une profonde humanité, confronté à ses inquiétudes, ses révoltes, ses déceptions, avec sa générosité, son absolu besoin de vérité et de liberté et sa tendresse envers ses semblables. Tout cela entre en résonance avec ses pièces de théâtre, dont certaines sont brièvement évoquées ici. ( La Cerisaie, La Mouette, Oncle Vania)

Sous le titre d’une réplique de Platonov, la représentation s’engage dans la scénographie conçue par Philippe Marioge, autour d’un tapis d’orient partiellement enroulé, en forme d’hommage – clin d’œil à celui utilisé par Peter Brook pour La Cerisaie (1981). Au cœur d’une boîte noire, délimitée par un rideau de fines lames de tissus, derrière lequel sont projetées les vidéos troubles ou abstraites, en noir et blanc, de Arno Veyrat, évocatrices d’un paysage mental. C’est dans cet espace, où libre de ses mouvements et déplacements, que Bruno Abraham-Kremer donne vie et fait entendre, en suivant leur chronologie, ces textes avec des accents adaptés pour chacun d’eux. Tour à tour grave ou léger, maniant l’humour, l’ironie ou la tendresse, glissant parfois dans une forme poétique, il sensibilise l’écoute avec une simplicité et une cohérence qui ne peut qu’être le fruit d’un long travail de création. Ici, pas de “numéro” d’acteur au programme, ni d’artifices, mais une volonté de servir au mieux un auteur qu’il vénère … en nous le rendant plus proche.

Le texte du spectacle est édité sous son titre aux Editions Quatre-vents de L’Avant-scène théâtre.

J’ai terriblement envie de vivre, d’après la correspondance et les œuvres d’Anton Tchekhov, Adaptation et mise en scène Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco, interprétation Bruno-Abraham-Kremer, scénographie Philippe Marioge, lumière et images Arno Veyrat, création sonore Mehdi Ahoudig, costumes Charlotte Villermet, musique originale Ghislain Hervet. Durée : 1 heure 30.

Théâtre du Petit Saint-Martin Paris. Tel 01 42 08 00 32

Photo ©Pascal Gély

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