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Is there life on Mars de Héloïse Meire

par Corinne Denailles

Qu’évoque pour vous le mot autisme ?

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En préambule, les acteurs interrogent les spectateurs qui font la queue pour entrer dans la salle : "qu’évoque pour vous le mot autisme ?" Leurs réponses introduiront le spectacle d’Héloïse Meire qui est basé sur un travail d’enquêtes préalables qui a duré deux ans. Elle est allée à la rencontre de ceux qui sont concernés par l’autisme, enfants, parents, psychologues, etc. Il ne s’agissait pas de poser un œil critique ni de proposer un point de vue sur cette question délicate mais plutôt de restituer une réalité complexe par ses acteurs eux-mêmes, d’interroger la notion de norme et les préjugés qui ont la peau dure. Le moteur est la restitution des paroles mêmes des personnes rencontrées dans un dispositif où les acteurs (Muriel Clairembourg, Jean-Michel d’Hoop, Léonore Frenois et François Regout) répètent les propos entendus dans leur casque en respectant le ton, le débit, la personnalité du locuteur tout en gardant une certaine distance. Cela donne un kaléidoscope de témoignages qui dessinent la planète autisme. Il y a cette petite fille que la médecine disait attardée et qui est s’avérée très intelligente le jour où un thérapeute a détecté qu’elle pourrait communiquer grâce aux lettres d’un clavier ce qui donne lieu à un très joli jeu de marelle. Et puis cette mère inquiète de l’avenir de sa fille qui préfère disparaître avec elle plutôt que de la laisser seule. Et cette sœur qui a trouvé le chemin pour communiquer avec son frère au-delà des mots. Celle-ci qui dit : "je suis une boîte à trésors dont on a perdu la clef". Et celui-là qui à 7 ans a appris par cœur toutes les stations des gares des lignes de chemin de fer de sa région. Et cet autre qui dit que la singularité de son enfant lui a ouvert un monde d’une grande richesse. On reconnaît la silhouette et le phrasé de Josef Schovanec, docteur en philosophie, coauteur de Comprendre l’autisme pour les nuls, qui souffre du syndrome d’Asperger. Il déclare être obligé de jouer une comédie sociale pour se faire accepter ; "je suis un intermittent du spectacle" dit-il avec humour.

La mise en scène de Héloïse Meire est ludique et colorée, pleines d’inventions qui décalent le réel, ouvrent vers d’autres dimensions de perception ; elle nous donne à ressentir avec légèreté les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes autistes (souffrance, solitude, sentiment d’enfermement, d’agressions sonores, difficultés corporelles, etc.) à l’aide, entre autres, d’une sorte d’armoire magique, de lettres en folie et de galaxies en mouvement. Les acteurs se font porte-paroles, passeurs. Un spectacle militant infiniment bienveillant sans mièvrerie, ni dogmatisme, ni récrimination qui sollicite le spectateur avec justesse et talent afin de l’inciter à comprendre que ces individus, qui en France comptent pour 1% de la population, ne sont pas d’effrayants martiens mais qu’il existe mille façons différentes d’être au monde.

Is there life on Mars. Mise en scène : Héloïse Meire. Scénographie : Cécile Hupin. Avec Muriel Clairembourg, Jean- Michel d’Hoop, Léonore Frenois, François Regout. Créateur sonore, Guillaume Istace. Créateur lumière, ,Jerôme Dejean. Création Vidéo, Mattieu Bourdon. Avignon, au Théâtre aux Doms, jusqu’au 26 juillet à 15h. Durée : 1h10. Résa : 04 90 14 07 99

© Hubert Amiel

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