Intrusions métissées dans un cerveau humain

Intrusions métissées dans un cerveau humain

Ce spectacle tient du mime puisqu’il présente trois histoires dans lesquelles la trame est le quotidien de quelques personnages dont un en train de mourir. Mais il est surtout une éclatante démonstration de théâtre dansé.

Les trois histoires se déroulent dans une structure scénique quasi identique même s’il s’agit de lieux différents. Elle comporte des ouvertures similaires : portes et/ou fenêtres car ici entrées et sorties sont essentielles pour rythmer l’action de chaque séquence. Alentour sont les coulisses. Mais si elles sont dévolues à des tâches matérielles, elles deviennent parfois des endroits liés à ce qui se raconte. Par moments même, elles interviennent pour s’y insérer de manière éphémère.

Et, puisque les changements se font à vue, il y a alors un échange subtil entre la fiction scénique et la réalité du travail de la troupe. Une manière pas très nouvelle sans doute mais qui permet au public de se mettre en position critique à propos de ce qu’il voit. Ceci rejoint le contenu profond de la représentation car celle-ci ne cesse de voyager entre les actes posés consciemment par le personnage principal et les fantasmes qui se bousculent à l’intérieur de son cerveau, entre la mémoire de son passé et le présent de sa fin.

Ce procédé peut sembler compliqué à la lecture de cette chronique. Il est en réalité évident à décoder tant les signes envoyés au spectateur sont manifestes à travers les éclairages, la gestuelle, des accessoires, une série d’effets spéciaux spectaculaires qui font glisser la narration vers un certain fantastique. Car cette compagnie fondée à Bruxelles par Gabriela Carrizo et Franck Chartier entremêle illusionnisme, acrobatie, hip-hop et danse contemporaine.

The Missing Door met en scène la fin de vie d’un individu qui cherche à s’y retrouver à travers sa mémoire. The Last Room censé se dérouler sur un paquebot de luxe exprime une visite à travers des souvenirs resurgis mais confusément ressentis au sein d’un temps fragmenté. The Hidden Floor transporte les gens à l’intérieur d’une mémoire perturbée, visualisée dans un endroit où la nature s’est développée et sera bientôt engloutie par une inondation.

Soutenus par des musiques agrémentées par l’appoint rythmé d’une bande son de bruitages divers, les danseurs déploient une énergie dynamique considérable, se mettant à la limite parfois du danger tant la prise de risque est grande. La chorégraphie, qu’elle soit de Gabriela Carrizo ou de Franck Chartier, se nourrit d’un langage corporel métissé mêlant tradition chorégraphique à des figures de hip-hop, à des propositions acrobatiques, des réminiscences de gestualité primitive. C’est un tourbillon dynamique qui s’accommode de la rigueur minutieuse des effets mécaniques précis des éléments du décor. Parmi eux, petit bémol, ceux produits par les portes finissent, vu leur nature machinale, par être répétitifs et donc moins efficaces en dépit de leur aspect spectaculaire.

Si l’ensemble est dominé par la donnée dramatique d’une agonie, l’apport des trucages illusionnistes et celui d’une parodie liée aux farces burlesques de courts-métrages muets de jadis, provoquent les distorsions salutaires de l’étonnement et du rire. Cet alliage de la banalité du quotidien, de la poésie associée au fantastique et de la caricature à gags réussit le pari d’être un équilibre surprenant.

Triptych : The Missing Door, The Lost Room, The Hidden Floor de Peeping Tom
Durée 2h20
Photo© Peeping Tom
Avec Konan Dayot, Fons Dhossche, Lauren Langlois, Panos Malactos, Alejandro Moya, Fanny Sage, Eliana Stragapede, Wan-Lun Yu

Conception et mise en scène Gabriela Carrizo et Franck Chartier
Assistance artistique : Thomas Michaux
Composition sonore, arrangements : Raphaëlle Latini, Ismaël Colombani, Annalena Fröhlich, Louis-Clément da Costa
Conception lumières : Tom Visser
Costumes : Seoljin Kim, Yichun Liu, Louis-Clément da Costa
Conception décors : Gabriela Carrizo, Justine Bougerol
Représentations en coréalisation avec La rose des Vents, scène nationale (Villeneuve d’Ascq)
En tournée :
25.01.2022 - Anthéa, Théâtre d’Antibes / Antibes
01 < 04.02.2022 - Théâtre National Wallonie-Bruxelles / Brussels
24 > 26.02.2022 - La Comédie de Genève / Geneva
25 & 26.03.2022 - Tanz Köln / Cologne
31.03 > 02.04.2022 - Berliner Festspiele / Berlin
25.05.2022 Musis & Stadstheater – Arnhem

A propos de l'auteur
Michel Voiturier
Michel Voiturier

Converti au théâtre à l’âge de 10 ans en découvrant des marionnettes patoisantes. Journaliste chroniqueur culturel (théâtre – expos – livres) au quotidien « Le Courrier de l’Escaut » (1967-2011). Critique sur le site « Rue du Théâtre » (2006-2021)....

Voir la fiche complète de l'auteur

Laisser un message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

S'inscrire à notre lettre d'information
Commentaires récents
Articles récents
Facebook