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Critiques / Théâtre

Interview de Nicolas Truong

par Corinne Denailles

Un art de l’écoute

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Le journaliste et essayiste Nicolas Truong élabore un théâtre philosophique à portée de spectateur avec la complicité de Judith Henry et Nicolas Bouchaud avec lesquels il avait commis le réjouissant et philosophique Projet luciole (festival d’Avignon, 2013). Probablement exaspéré par une parole galvaudée, manipulée, déversée dans nos oreilles à tort et à travers par les médias, il s’est intéressé à la parole échangée dans la situation d’interview, qui peut être de nature très différente, à la relation interviewer-interviewé. La matière du spectacle est faite d’entretiens d’artistes et d’intellectuels qui ont réfléchi sur le sens de cet exercice, de Florence Aubenas et Jean Hatzfeld à Edgar Morin, Michel Foucault et Raymond Depardon en passant par Bernard Pivot ou Paolo Pasolini dans un émouvant ultime entretien. Mais aussi des questions qui leur ont été posées par l’équipe artistique sur leur méthode. D’où il ressort que la plupart du temps les journalistes n’écoutent pas, ne cherchent que ce qu’ils savent déjà, ils pratiquent une sorte de casting pour débusquer le bon client, comme avec ce routard surnommé Tarzan, cité par Florence Aubenas (pour qui seuls les enfants savent poser des vraies questions qui attendent de vraies réponses), qui avait été élevé au rang de représentant des grévistes au prétexte qu’il avait le profil idéal, peu importe sa compétence représentative. Comme ce jeune Mohamed de banlieue qui n’a pas eu les honneurs d’un entretien parce que ses études supérieures le disqualifiaient. Qu’attend-on d’un entretien ? que la personne interrogée révèle sa vérité mais pour obtenir une telle intimité il faut un véritable engagement humain du professionnel. Jean Hatzfeld, passionné reporter de guerre, principalement au Rwanda dont il a rapporté des témoignages incroyables, des bourreaux en particulier, au terme d’années passées auprès des populations, dit qu’il faut accepter d’être dépassé par l’événement. Si les enjeux ne sont pas toujours aussi tragiques, l’exigence est la même qu’on interroge une victime de guerre, un artiste, un anonyme ou une célébrité.

Tous ces points de vue sont mis en jeu, au sens propre du terme, par Nicolas Bouchaud et Judith Henry dans un bel exercice jubilatoire. Sur la scène occupée seulement par une grand plateau blanc, où trône un vieux magnétophone à bandes Nagra, et quelques cubes, les comédiens se présentent face public dans un silence embarrassé qui dit toute la difficulté à lancer le dialogue. Ils forment un tandem épatant, stimulant, interpellent le public, lancent des salves de questions simples ou complexes qui nous rappellent au passage que l’essentiel est la démarche du questionneur faite de curiosité pour l’autre et pour le monde, un art de vivre en somme.

Conception et mise en scène : Nicolas Truong. Collaboration artistique : Nicolas Bouchaud et Judith Henry. Avec Nicolas Bouchaud et Judith Henry. Scénographie et costumes : Élise Capdenat. Lumière : Philippe Berthomé. Son : Mathias Szlamowicz. Au théâtre du Rond-poin jusqu’au 12 mars à 21h.Durée : 1h30. Résa : 01 44 95 98 21
© Christophe Raynaud de Lage

Tournée
• 16-18 mars 2017 la Criée à Marseille (13)
• 22-24 mars 2017 Sortie ouest à Béziers (34)
• 6-14 avril 2017 M.C.2 à Grenoble (38)
• 3 mai 2017 l’Agora à Boulazac (24)
• 5 mai 2017 le Liburnia à Libourne (33)
• 9 mai 2017 Théâtre des 4 Saisons à Gradignan (33)
• 12 et 13 mai 2017 Théâtre Liberté à Toulon (83)
• 20 mai 2017 la Comédie de Reims (51)
• 23 et 24 mai 2017 le Quai à Angers (49)
• 29 mai-17 juin 2017 le Monfort à Paris (75)

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