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Portraits / Opéra & Classique

In memoriam Lorin Maazel

par Christian Wasselin

Un chef d’orchestre parmi les plus brillants nous a quittés le 13 juillet. Mais personne n’aurait imaginé que Lorin Maazel avait atteint l’âge de quatre-vingt-quatre ans, tant il donnait l’impression de parcourir le monde avec légèreté.

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Lorin Maazel fait partie de ces chefs qui ont été actifs jusqu’au bout, que la mort a fauchés alors que ni l’âge, ni la maladie ne semblaient avoir d’effet sur leur carrière. Colin Davis et Claudio Abbado étaient affaiblis à la fin de leur vie. Maazel paraissait invincible. La Scala de Milan l’avait invité à diriger Aida en février et mars prochain. Mais le sort en a décidé autrement : le 13 juillet dernier, Maazel s’est éteint d’une pneumonie en Virginie, où il avait créé un festival muni, comme on le fait désormais (et c’est très bien) d’une académie destinée aux jeunes interprètes.

On a presque envie de dire que la musique allait de soi pour Lorin Maazel. Son grand-père n’était-il pas violoniste au Metropolitan Opera de New York ? De fait, le jeune Lorin, à huit ans, dirigeait déjà Schubert ! Mais c’était sans compter avec une famille exigeante qui lui fit faire ses humanités à l’Université de Pittsburgh, étudier les langues, la philosophie, la composition. On le sait peu en effet, mais Lorin Maazel était chef, bien sûr, mais aussi violoniste et compositeur. Il était notamment l’auteur d’un opéra inspiré du roman de George Orwell 1984, qui fut créé le 3 mai 2005 à Covent Garden, dans une mise en scène de Robert Lepage.

Toscanini, Koussevitzky, De Sabata

L’une des chances de Maazel est d’avoir été remarqué très tôt par Toscanini puis par Serge Koussevitzky, le patron du Boston Symphony Orchestra, qui lui permit d’obtenir une bourse et d’aller se perfectionner en Italie. Là, c’est le directeur musical de la Scala, Victor De Sabata, qui sut le distinguer et lui donna de faire ses débuts milanais en 1955, à vingt-cinq ans. Cinq ans plus tard, le voilà à Bayreuth ! Entre-temps, il a dirigé un premier concert avec l’Orchestre national de la RTF (qui plus tard deviendra l’Orchestre national de France) : rencontre décisive puisque Maazel sera souvent réinvité par cette formation, en deviendra le premier chef en 1977 puis le directeur musical en 1987. S’il fallait conserver un seul souvenir de cette fructueuse collaboration, ce ne serait pas le Requiem de Berlioz donné en 1984 au palais omnisports de Bercy (dès ce soir-là on se rendit compte que la plus belle prestation musicale qui soit est perdue dans un lieu à l’acoustique aussi malveillante), mais l’enregistrement de L’Enfant et les sortilèges de Ravel, gravé en 1961 avec Françoise Ogéas, Jeannine Collard, Jane Berbié, Sylvaine Gilma, Colette Herzog, Heinz Rehfuss, Camille Maurane, Michel Sénéchal, les Chœurs et la Maîtrise de la RTF dirigés par René Alix. Un bijou, un sommet, un miracle.

Directeur musical de l’Orchestre de Cleveland, Maazel fut aussi celui de l’Opéra de Vienne de 1982 à 1984, mais l’aventure tourna court. Ce qui ne l’empêcha pas de mener la danse à l’occasion de plusieurs concerts du Nouvel An (et de reprendre le violon à cette occasion) et de parfaire son image de vedette internationale de la musique, peut-être avec plus d’efficacité encore, s’il était possible, qu’un Karajan (modèle du chef germanique concentré) ou qu’un Bernstein (archétype du chef américain extraverti), sachant bien sûr que ces images sont des caricatures et que des artistes de cette dimension ne peuvent être réduits à leur reflet médiatique.

Tous les orchestres du monde

Orchestre de Pittsburgh (comme un éternel retour), Orchestre symphonique de la radio bavaroise (autrefois dirigé par le grand Rafael Kubelik), Orchestre philharmonique de New York, Lorin Maazel a été le directeur musical des plus grandes phalanges, mais il se vit préférer Claudio Abbado lorsqu’il fallut prendre la succession de Karajan à la tête de l’Orchestre philharmonique de Berlin. Une blessure narcissique, comme on dit.

On a cité Aida, que Maazel ne dirigera pas. On n’oubliera pas le chef lyrique qu’il était. Son Fidelio dirigé au Teatro Carlo Felice de Gênes, en 2004, méritait tous les éloges. Sa connaissance des partitions de Puccini nous a valu des enregistrements splendides (Turandot avec Eva Marton, le Triptyque). On le vit dans la fosse de La Fenice lorsque le théâtre italien fut enfin reconstruit et réinauguré après des années d’attente. C’est lui également qui fut l’un des piliers du Palau de les arts de Valence, dès le concert d’inauguration, qui eut lieu le 8 octobre 2005, du spectaculaire bâtiment signé Santiago Calatrava. On lui doit aussi les bandes sonores de plusieurs films d’opéra (Don Giovanni de Joseph Losey, Carmen de Francesco Rosi). Ces enregistrements font partie d’une discographie pléthorique qui va de Vivaldi à Stravinsky (pour DG, Philips, Emi, Sony, etc.) et témoigne des qualités de Maazel : la précision technique, le sens instinctif de la mise en place. Mais Maazel n’a pas apporté un sang nouveau à l’histoire de l’interprétation, comme l’ont fait un Harnoncourt, un Norrington, un Gardiner. Il a montré avec un incontestable brio ce qu’un pilote particulièrement doué pouvait réussir de mieux avec les plus belles mécaniques orchestrales.

photo : Lorin Maazel en 2006/Creative commons dr

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