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Critiques / Théâtre

Ils ne sont pas encore tous là...d’après Anton Tchékhov

par Corinne Denailles

Présence de Tchékhov

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Chantal Morel exerce son talent dans les marges de la vie théâtrale dans l’espace de son Petit 38 à Grenoble, loin de l’agitation culturelle parisienne. S’il est dommage qu’elle n’ait pas plus d’occasions de faire connaître son travail, elle tire profit de cette semi-marginalité dans la mesure où cela l’autorise à toutes les libertés. Et comme c’est une personne exigeante et intransigeante sur ses convictions, cela tombe bien. Les Franciliens ont tout de même eu quelquefois l’occasion d’admirer son travail, en particulier ses mises en scène des Possédés de Dostoïevski (2007) et de Home de David Storey (2012), les deux à Nanterre Amandiers.

Elle entretient un véritable dialogue avec les écrivains russes auxquels elle revient avec un spectacle sous-titré "d’après La Cerisaie". Elle explique que faute de place pour répéter et de budget, elle n’a pas été en mesure de mettre en scène l’intégralité de la pièce et sa quinzaine de personnages. Une manière détournée d’avertir qu’il ne faut pas attendre une mise en scène académique de La Cerisaie. Le résultat est une évocation singulière et attachante de la pièce portée par trois comédiens excellents qui interprètent chacun plusieurs rôles (Nicolas Struve, Lise Wiblé et Marie Payen) dans un décor dépouillé fait de bric et de broc, des tentures immenses faisant office de rideaux de scène et de décor, deux sièges de théâtre, une malle, des vêtements épars sur le sol. L’espace est visiblement celui d’une salle de répétition, mise en abyme de la salle de répétition du Théâtre du Soleil où se produit le spectacle. Chantal Morel signifie clairement qu’il s’agit d’un chantier, une sorte de laboratoire du vivant, que le tissu du spectacle est plein de trous où l’imagination du spectateur peut s’engouffrer, que ce que l’on voit, perçoit, ressent est volatil et éphémère, fragile comme la vie elle-même. Cela donne une vibration particulière au drame de la disparition du domaine de La Cerisaie et de ses habitants, une palpitation accentuée par les échos plus ou moins lointains des mises en scène de la pièce qu’on entend ça et là en voix off, voix du passé revivifiées par le présent qui rendent une sorte d’hommage choral à Tchékhov. Les renversements temporels, le tissage du passé et du présent des personnages peut dérouter mais finalement on suit le metteur en scène dans ce cheminement sensible et original vers la vérité intime du texte qui peu à peu envahit le plateau et nous saisit par la grâce du jeu des acteurs et du travail d’orfèvre accompli dans le choix des scènes.

Ils ne sont pas encore tous là... d’après La Cerisaie de Anton Tchékhov, mise en scène Chantal Morel ; musique Patrick Najean ; scénographie et lumière, Sylvain Lubac ; costumes créés par Cidalia da Costa pour d’anciens spectacles de la compagnie, retouchés par Sara Bartesaghi Gallo. Au Théâtre du Soleil (salle de répétition) du mardi au samedi à 20h jusqu’au 6 décembre 2015. samedi 21 novembre et 4 décembre à 15h et 20h, dimanche à 15h. Durée : 1h20. Tel. 01 43 74 24 08.

photo Sylvain Lubac

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