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Critiques / Théâtre

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée d’Alfred de Musset

par Corinne Denailles

De l’esprit de finesse

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Il y a une grande modernité dans cette pièce en un acte de Musset qui appartient au genre concis et preste des Proverbes. Dans cette joute amoureuse toute en finesse et nuances, c’est la femme qui mène la danse avec esprit, intelligence et sens de la séduction. C’est probablement pourquoi le metteur en scène Laurent Delvert a voulu non seulement actualiser la scène mais suggérer que la marquise est une jeune veuve indépendante et qui plus est artiste (Musset la voulait occupée à sa tapisserie au coin du feu). En jean et tee-shirt, la toute jeune pensionnaire de la Comédie-Française Jennifer Decker est agenouillée devant la sculpture qu’elle modèle quand entre le comte (Christian Gonon), son ami et soupirant qui tergiverse depuis un an sans oser la demander en mariage. L’apparent badinage masque une véritable réflexion empreinte de mélancolie sur l’amour et les relations humaines, sur l’engagement aussi, pas seulement amoureux, et on voit bien quelle piste de lecture nous offre ce faux divertissement. L’écriture ciselée de Musset trouve une belle chambre d’écho dans le jeu des acteurs. Christian Gonon rend bien l’état d’esprit du comte, timide, emprunté qui n’a que les mots plats du Christian de Cyrano voulant séduire Roxane, malheureux et bougon quand il voudrait être charmeur, désarmé devant la vivacité de la marquise, rayonnante de jeunesse, malgré la pointe de nostalgie du temps qui passe ("je commence à avoir trente ans et je perds le talent de vivre"), malicieuse et piquante qui a bien compris la situation et s’emploie en fausse ingénue à forcer le comte à se déclarer, à s’engager en se moquant des fadaises qu’il lui sert : « La belle manière de se faire aimer que de venir devant une femme avec un lorgnon, de la regarder des pieds à la tête comme une poupée dans un étalage [...] Joignez à cela quelques phrases bien fades, un tour de valse et un bouquet [...] il faut supposer une tête bien vide et un grand fond de sottise, pour se figurer qu’on la charme avec de pareils ingrédients ». Au passage Musset égratigne la société de l’époque et son cortège de convenances et d’hypocrisies. C’est un vrai régal d’entendre cette langue chantante délicieusement littéraire et mélancolique servie par des comédiens talentueux qui mettent en valeur tout ensemble la musicalité du texte, sa légèreté, sa profondeur.

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée d’Alfred de Musset, mise en scène Laurent Delvert. Scénographie : Philippine Ordinaire. Costumes : Christian Lacroix. Lumières : Nathalie Perrier. Réalisation sonore : mme miniature. Avec Christian Gonon et Jennifer Decker. Au Studio-théâtre de la Comédie-Française à 18h30 jusqu’au 7 mai. Durée : 50 minutes.
www.comedie-francaise.fr

© Brigitte Enguérand, coll. Comédie-Française

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