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Critiques /

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée de Musset Derrière la porte d’Alberto Lombardo

par Gilles Costaz

Un moment romantique suivi de sa mise en pièces

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Le proverbe de Musset, Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, revient dans l’actualité comme une porte qui claque. La Comédie-Française présente une très bonne version, subtilement modernisée, par Laurent Delvert et jouée avec une magnifique délicatesse par Jennifer Decker et Christian Gonon. Et l’auteur et metteur en scène Alberto Lombardo, qui ne manque pas d’audace (ou d’inconscience), présente à la Comédie Saint-Michel la pièce suivie d’un prolongement qu’il a composé lui-même. « Ecrire une suite à la pièce de Musset pour révéler ce qui se passe derrière la porte, une fois fermée, déclare Lombardo. Regarder par le trou de la serrure et dévoiler les non-dits, les véritables intentions des deux personnages. Gratter le vernis. On les retrouve après leur mariage mais à notre époque. Ils sont les mêmes, mais transportés dans notre siècle. Forcés de porter un regard lucide sur leurs actes et leurs motivations ; l’aridité de notre époque les y oblige. L’heure de la déclaration amoureuse est terminée, on glisse de la légèreté à la cruauté, le jeu est devenu dangereux. »
Le lit est au premier plan, un grand tableau de nu en toile de fond (du moins dans la première pièce). C’est dire que la mise en scène de Lombardo privilégie la sensualité. Mais le ton est aussi à l’emportement, au débat musclé. Moins de nuances et plus de passion que dans la tradition. Quand on passe à la deuxième pièce, la soirée vire à la mise en cause du romantisme. A peine marié, le couple bat de l’aile et c’est la femme qui revendique une liberté nouvelle. Elle a le droit de choisir d’autres partenaires, d’être indépendante face à cet époux si machiste... Alberto Lombardo n’a pas la plume si chatoyante de Musset. C’est direct, sans doute pas assez masqué (Musset reste le roi du double jeu des mots, de leur vérité et de leur mensonge), mais stimulant. Comme les acteurs peuvent changer selon les représentations, il est difficile de donner un jugement global. Mais Ariane Bassery, qui interprétait la marquise le soir de notre venue, déployait un jeu d’une grande et belle intensité, tandis que Guillaume Dollinger était plus vert, plus d’un bloc, mais attachant. Sans nous convaincre tout à fait, Alberto Lombardo casse avec un certain brio la baraque romantique. C’est le XXIe siècle contre le XIXe : le match nous concerne.

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée d’Alfred de Musset, suivi de Derrière la porte d’Alberto Lombardo, mise en scène d’Alberto Lombardo, costumes d’Elise Léliard, lumières de Monica Romanisio, musique d’Yannick Gomez, avec Ariane Bassery, Héloïse Lacroix ou Julie Macqueron et Guillaume Dollinger ou Pablo Gallego.

Comédie Saint-Michel, le jeudi 2130 et le dimanche 18 h 15, tél. : 01 55 42 99 97, jusqu’à la fin juin. (Durée : 1 h 15).

Photo DR.

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