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Critiques / Opéra & Classique

Il RE PASTORE de Wolfgang Amadeus Mozart

par Caroline Alexander

Quand Mozart s’amuse au pays des mangas, rires et sourires sont au rendez-vous

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Une planète inconnue quelque part dans l’infini, un ciel étoilé, des fusées lâchées, des pistolets laser : au Châtelet Mozart prend un joyeux bain d’enfance où les irrévérences les plus farfelues ne réussissent pas à trahir sa musique. Avec ce Roi Pasteur propulsé dans l’ère des mangas et de la Guerre des Etoiles , le Châtelet suit le fil rouge joliment entamé il y a trois ans avec Orlando Paladino de Haydn – (voir WT 3227 du 21 mars 2012). Les rires sont toujours au rendez-vous-même si cette nouvelle escapade dans la bande dessinée japonaise surprend moins.

1775 : Mozart avait tout juste 19 ans quand son mécène et employeur le prince-archevêque Colloredo lui commanda une œuvre célébrant l’amour et la clairvoyance du pouvoir. Le sujet était à la mode, Métastase lui fournit le livret et Mozart mit trois semaines à mettre en musique – sa musique – la gentille bluette de ce berger couronné roi qui renonce à son trône par amour pour une bergère. Il Re Pastore fut par la suite classé comme le dernier opéra de jeunesse du génial prodige salzbourgeois. Une histoire simplette, cinq personnages, une répartition vocale à minima, trois sopranos, deux ténors. Mais on y trouve déjà les grands élans qui allaient couronner ses œuvres de maturité, arias sublimes de tendresse brodées de vocalises qui retournent l’âme.

Le goût de l’amour plus fort que le goût du pouvoir

A Sidon, terre imaginaire (ici comète interstellaire), Aminta brave berger (ici déguisé façon manga) vit heureux dans sa cabane (ici une tente futuriste en forme de gueule de chat), au milieu de son troupeau (ici des robots aux yeux ronds lumineux et aux bras à ressorts) il aime d’amour fou Elisa (aux longues oreilles de Bunny girl), mais voilà que d’un vaisseau spatial débarque Alexandre le Grand de Macédoine qui libère le pays de son monarque tyran et qui part à la recherche du vrai roi. Aminta est l’heureux élu mais pour accéder au trône il devra épouser Tamiri, fille de l’empereur déchu. Qui aime et est éperdument aimée d’Agenor. Magnanime Alessandro/Alexandre comprendra que le goût de l’amour est plus fort que le goût du pouvoir…

Jean-Luc Choplin, patron de la maison, a confié ces étranges transferts dans le temps et l’espace à une équipe de bons faiseurs parmi lesquels on retrouve quelques fines lames de ce type de décalage comme Nicolas Buffe, auteur de la scénographie et des costumes qui avait déjà déployé son inventivité dans Orlando Paladino. Il est ici également co-metteur en scène formant tandem avec Olivier Fredj, musicien, chanteur, comédien, régisseur, ex-assistant de Robert Carsen. A leurs côtés Robert Nortik, auteur des vidéos i fait défiler les décors en 3D avec une pléiade de de trouvailles et un peu de bric à brac, Antoine Souchav espiègle bruiteur parsème la partition de Mozart de sons échappés d’un synthétiseur (en intermèdes vivaces et sans jamais nuire au bon Mozart). Une troupe de danseurs-acrobates-contorsionnistes et de de marionnettistes experts-robots complète l’équipage.

Des pétillements et des promesses

Les jeunes interprètes – moyenne d’âge 25 ans – ont aussi le physique requis pour incarner ces personnages de BD souvent sanglés dans des combinaisons collants à la peau. Pas de grandes voix mais un ensemble vocal en cohésion avec les partis pris de la mise en scène. Soraya Mafi au timbre gracieux mais sans ampleur a la lourde tâche de faire vivre et vibrer les tourments d’Aminta. Petite de taille et de voix, il lui manque certes carrure et projection pour ce rôle de travesti, mais elle compense par son charme et une sorte d’innocence. On retrouve avec plaisir Raquel Camarinha déjà remarquée dans Orlando Paladino, fine comme une liane, en jupette blanche, bas rouges et oreilles de Bunny, lançant ses aigus hissée sur sa trottinette comme des appels aux caresses. Dans le rôle plus effacé de la princesse Tamiri, Marie-Sophie Pollack joue en douceur la noblesse tête haute. Krystian Adam joue Agénor, le chevalier obéissant d’Alexandre, avec une sorte de débridé juvénile que soutient l’excellente projection de sa voix de ténor. Rainer Trost, l’unique quadra de la distribution, se coule, avec délectation dirait-on, dans la peau du conquérant bienveillant, en mozartien rôdé au timbre clair et solide,

Jean Christophe Spinosi à la tête de son Ensemble Matheus veille au grain, attentif aux jeux de scènes, laissant respirer de courtes pauses pour accueillir les bruitages persifleurs, et reprenant aussitôt, avec ses cordes et ses vents, le cours mozartien d’une œuvre, certes mineure dans son répertoire, mais pleine de pétillements et de promesses.

Il Re Pastore de W. A. Mozart, livret de Pietro Métastasio, ensemble Matheus, direction Jean-Christophe Spinosi, mise en scène Olivier Fredj et Nicolas Buffe, scénographie et costumes Nicolas Buffe, dramaturgie Benoît Chantre, vidéo Robert Nortik, conception sonore Antoine Souchav’, lumières Renaud Corler. Avec : Rainer Trost, Soraya Mafi, Raquel Camarinha, Marie-Sophie Pollack, Krystian Adam.

Théâtre du Châtelet, les 22, 24, 26, 30 janvier à 20h, le 1er février à 15h

01 40 28 28 40 – www.chatelet-theatre.com

Photos : Marie-Noëlle Robert

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