Accueil > Il Matrimonio segreto / Le Mariage secret de Domenico Cimarosa

Critiques / Opéra & Classique

Il Matrimonio segreto / Le Mariage secret de Domenico Cimarosa

par Caroline Alexander

Maison girouette et marionnettes sans fil font tourner la comédie en farces et en musique

Partager l'article :

Belle idée de l’Opéra national de Lorraine de sortir de l’oubli ce petit bijou de fantaisie musicale et d’humour qu’est le Mariage secret/Il Matrimonio segreto de Domenico Cimarosa. A Nancy, la mise en scène (en boîte ?) délurée de Cordula Däuper s’inscrit en farces et attrapes dans l’élégante salle de la place Stanislas.

Etranges destins que celui des artistes et plus particulièrement des compositeurs qui peuvent passer de la célébrité à la quasi absence (et parfois vice versa…) d’une époque, d’une mode à l’autre. Cimarosa (1789-1801) fut le compositeur le plus joué de son temps. Et l’un des plus prolifiques : il engendra, entre autres créations, soixante-dix opéras et quatre-vingt sonates pour clavecin. Son Mariage secret révélé en 1792, moins d’un an après le mort de Mozart, plut tellement à l’empereur Leopold II que celui-ci demanda qu’il fut bissé dans sa totalité ! De nos jours, il tient rarement l’affiche. On se souvient d’une production souriante du Théâtre des Athévains en 2007, un an plus tard c’est l’Opéra Royal de Wallonie à Liège qui en faisait crépiter la gaieté, l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris réussissait une jolie production en 2009 à Bobigny (voir WT 1096, 1389, 1884).


Mozart plane omniprésent dans la partition de ce dramma giocoso. Des citations tombent en rafales, des sortes de « à la manière de… » se réfèrent à des passages de La Flûte Enchantée (dès l’ouverture), aux Noces de Figaro, à Cosi fan tutte. Ce ne sont pas des plagiats, les clins d’yeux – ou plutôt d’oreilles – aux œuvres d’artistes contemporains, se pratiquaient dans l’air du temps. Mais si Mozart peut apparaître comme une toile de fond, les vocalises fusant à la mitraillette, les cadences en vrille annoncent Rossini (1792-1868) et même Donizetti (1797-1848).

Napolitain, héritier des rites de la commedia dell’arte, Cimarosa jongle avec les bouffonneries en phrases courtes, courses échevelées et tourbillons de quiproquos. Le vieux Geronimo, bourgeois cossu est une sorte de monsieur Jourdain en quête de particule. Il veut marier sa fille aînée, Elisetta, à un comte à belle gueule et sans le sou. Mais voilà que l’aristo s’éprend de Carolina, la cadette qui, en cachette, a déjà épousé Paolino l’humble et charmant employé de son père. Lequel, Paolino, bien malgré lui, a rallumé les feux du désir de la sœur du maître de maison, veuve en manque de sensations…

La jeune berlinoise Cordula Däuper n’avait pas encore signé de mise en scène en France alors qu’en Allemagne et en Suisse son travail au théâtre, à l’opéra est reconnu depuis une dizaine d’années. Sa conception du Mariage secret dépasse allègrement tout ce qu’on avait jusqu’ici pu imaginer en terme de cocasseries. Une maison de poupées, maison girouette qui tourne sur elle-même et en dévoile les recoins secrets en constitue le décor (Ralph Zeger). Dès le prélude, les personnages affichent leurs identités aux fenêtres. Marionnettes sans fil aux coiffures extravagantes et costumes carnavalesques, ils jouent, chantent et dansent en séquences de dessins animés. Les mobiliers et accessoires du logement font écho à leurs péripéties, se transforment ou s’écroulent

Jolis minois, jolies voix : Lilian Farahani, soprano des Pays Bas, vacille gracieusement sur ses trop hauts talons blancs et offre une Carolina à la voix claire et fraîche et au jeu burlesque. Maria Savastano qui vient d’Argentine et qui a fait une partie de ses classes à l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris, fait valser ses nattes, ses jupettes et son timbre légèrement ambré en Elisetta, la sœur jalouse. La voix, la présence de Cornelia Oncioiu, mezzo-soprano roumaine nous sont familières depuis bien des années. Elle est parfaite en tantine tata tentant de séduire un petit coq trop jeune pour ses soupirs tannés. C’est le florentin Anicio Zorzi Giustiniani qui prête sa jeunesse et sa charmeuse voix de ténor à ce coq, nommé Paolino, époux clandestin de Carolina. Son rival, le comte a les graves nerveux et le jeu de pantin mécanique de Riccardo Novaro tandis que Donato di Stefano roule de la (fausse) bedaine et de sa vraie voix de baryton en Geronimo, patriarche bouffon dépassé par la tournure des événements.


A l’avant-scène côté jardin le continuo est assuré par un pianoforte finement cadencé par Thierry Garin, tandis que dans la fosse Sascha Goetzel fournit à l’orchestre symphonique et lyrique de Nancy tous les élans, bonds, ressorts de cette musique en bulles de savon.


Il Matrimonio segreto de Domenico Cimarosa, livret de Giovanni Bertati, Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction Sascha Goetzel, mise en scène Cordula Däuper, décors Ralph Zeger, costumes Sophie du Vinage, lumières Hans Rudolf Kunz. Avec Donato di Stefano, Lilian Farahani, Maria Savastano, Cornelia Oncioiu, Anicio Zorzi Giustiniani, Riccardo Novaro et Thierry Garin au pianoforte.

Production de l’Opernhaus de Zürich

Nancy, Opéra National de Lorraine, le 31 janvier, les 2, 7 & 9 février à 20h, le 5 février à 15h.
03 83 85 33 11 – www.opera-national-lorraine.fr

Photos Opéra National de Lorraine

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.