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Critiques / Opéra & Classique

IOLANTA et-CASSE-NOISETTE de Piotr Ilyitch Tchaïkovski

par Caroline Alexander

Un doublé improbable gagné en poésie par le russe Dmitri Tcherniakov

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Réunir en une seule soirée un opéra et un ballet, cette idée apparemment saugrenue fut pourtant à l’origine d’une commande que les Théâtre Impériaux de Russie firent au compositeur Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893). Il en fit un opéra d’un acte et un ballet en deux parties, ses deux dernières œuvres créées en 1892, un an avant sa mort. Elles ne furent plus jamais reprogrammées ensemble.

A Paris, Stéphane Lissner se paye l’audace de les coupler à nouveau pour la toute première fois depuis leur création et en confie le tour de passe-passe à l’anticonformiste de la mise en scène qu’est le russe Dmitri Tcherniakov. Lequel a magiquement relevé le défi. En passant de l’un à l’autre, comme si le ballet était la suite logique de l’opéra, un pari improbable imprégné d’humour, de poésie et de fantastique. Etoiles du lyrique et danseurs étoiles s’y succèdent en une ronde parfaitement bouclée.

L’opéra Iolanta était tombé dans un quasi oubli tandis que le ballet Casse-Noisette , imaginé d’après un conte de E.T.A Hoffmann, avec ses valses qui tournent dans toutes les têtes est devenu l’un des ballets les plus célèbres et les plus dansés du monde.

C’est une pièce de théâtre – La Fille du Roi René – du dramaturge danois Henrik Hertz qui inspira le sujet de Iolanta à Tchaïkovski. Son frère Modest se chargea du livret. Dans un royaume lointain, le bon roi René a une fille née aveugle. Elle ignore son état et pour que cette ignorance perdure, il l’enferme dans un château coupé du monde où seuls ses domestiques ont accès… Quiconque lui révélera son état sera condamné à mort… Le médecin diagnostique que seul le désir de découvrir la lumière pourra activer le ressort d’une guérison… Elle se fera grâce à l’amour coup de foudre déclenché par l’arrivée aventureuse du duc de Vandémont. Cette histoire est nourrie de faits réels et de personnages ayant vraiment existé dans la France du Moyen Age : le Roi René de Provence a, de fait, eu une fille prénommée Yolande, née à Nancy, puis devenue duchesse de Lorraine en épousant le duc de Vandémont. Sa cécité en revanche est une invention de dramaturge.

Dans le cadre des festivités « Nancy Renaissance 2013 », l’Opéra National de Lorraine fut le premier à rendre à Iolanta une version scénique (voir WT 3731 du 4 mai 2013). Peter Sellars prit le relais au cours du festival d’Aix en Provence 2015 en le couplant avec la Perséphone de Stravinsky. (A découvrir à l’Opéra de Lyon coproducteur, à partir du 11 mai).

Au Palais Garnier, le « happy end » de Iolanta donne à Tcherniakov la clé qui lui permet de faire le pont entre les deux oeuvres. Rien ne l’arrête pour y arriver, il met le gentil conte d’Hoffmann au placard et invente un nouveau livret pour le ballet. Côté ambiance, il aime, on le sait, les atmosphères intimes, les cadres bourgeois qui, mine de rien, enfante les drames, Eugène Onéguine, Macbeth à Paris, Le Trouvère à Bruxelles ont en fourni des échantillons notables (voir WT 1631, 1865 et 3338des 8 septembre 2008, 9 avril 2009 & 17 juin 2012).

Iolanta est logée dans le salon d’une demeure fin 19ème siècle. Des baies vitrées en arc de cercle, des stores, des fauteuils… On y aperçoit çà et là une jeune fille imprévue témoigner de la tendresse à l’héroïne. Elle s’appelle Marie. C’est le jour de son anniversaire. Pour le fêter, une troupe vient de lui jouer et de lui chanter la belle histoire de Iolanta. Le décor soudain s’agrandit. Les costumes rajeunissent d’un demi-siècle. Amis et parents apportent leurs cadeaux. La mélancolie, le mystère, le mysticisme de Iolanta peuvent s’enchaîner sur l’ouverture de Casse-Noisette… Le tour est joué ! Marie s’est endormie. Son sommeil est peuplé de son inconscient… Trois chorégraphes aux approches dissemblables sont conviés pour en illustrer les plaisirs, les rêves, les cauchemars. Les personnages vont s’entrecroiser en jeux de perruques et de costumes…

Après la fête où l’on swingue allègrement entre deux jeux de chaises musicales (par Arthur Pita), surgit le monde de l’enfance avec ses poupées géantes (par Edouard Lock) et s’achève en pas de deux dans les sous-bois fracassés par une tempête de neige (par Sidi Larbi Cherkaoui). Au réveil, rideaux et mobilier sont restés à leurs places. Retour à la réalité. La boucle est bouclée…. Le diptyque s’achève sur la vie ordinaire.


Sonya Yoncheva, finement dirigée par Tcherniakov, prête un timbre de braise charnelle et un beau jeu mécanique de mal voyante à une Iolanta à la fois naïve et enflammée, les graves noir d’encre de la basse Alexander Tsymbalyuk imposent son autorité de père de famille. Arnold Rutkowski aux allures d’ado et à la voix étroite est moins crédible en Vandémont à la tignasse rousse. Dont se coiffe élégamment en seconde partie le danseur étoile Stéphane Bullion, l’amoureux fantasmé de l’aérienne Marion Barbeau/Marie. Valse des fleurs, valse des flocons, les figures du couple d’amoureux sont démultipliées dans l’espace et le temps qui les fait avancer en âge… Les vidéos font exploser les lieux en images surréelles où le vent souffle et où la mort rôde autour de l’amour. Loin des brillances traditionnelles, la direction d’orchestre d’Alain Altinoglu opte pour une sorte de pudeur où le songe léger l’emporte.

Ce Casse-Noisettes de psychanalyse rejoint les énigmes initiatiques de Iolanta. Leur alliance par Tcherniakov a vaincu l’impossible.


Iolanta, opéra en un acte et Casse-Noisette ballet en deux actes de Piotr Ilyitch Tchaïkovski, livret de Modest Tchaïkovski pour Iolanta et de Dmitri Tcherniakov pour Casse-Noisettes. Orchestre et Chœur de l’Opéra National de Paris, direction Alain Altinoglu, maîtrise des Hauts de Seine et chœur d’enfants de l’Opéra National de Paris. Chef de chœur Alessandro di Stefano. Mise en scène Dmitri Tcherniakov, chorégraphies Sidi Larbi Cherkaoui, Edouard Lock & Arthur Pita, costumes Elena Zaitseva, lumières Gleb Filshtinsky. Avec : pour Iolanta, Alexander Tsymbalyuk, Sonia Yoncheva, Arnold Rutkowski, Andrei Jilihovschi, Vito Priante, Roman Shulakov… pour Casse-Noisettes, Stéphane Bullion, Alice Renavand (danseurs étoiles), Marion Barbeau, Marine Ganio, Julien Meyzindi, premiers danseurs et le corps de ballet de l’Opéra National de Paris.

Palais Garnier, les 9, 11, 14, 17, 19, 21, 23, 25, 26, , 28, 30 mars et 1er avril à 19h

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

Retransmission en direct dans un réseau de cinémas en France et dans le monde le 17 mars à 19h.
Sur culturebox à partir du 22 mars

Photos Agathe Poupeney/Opéra National de Paris

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1 Message

  • Quel ennui ce ballet 15 mars 2016 15:17, par Jean

    Le ballet est insupportable, une vraie catastrophe.

    L’Opéra est beau et bien interprété, mais on est frustré de voir toute la mise en scène étriquée dans une mini-boite qui semble perdue sur la plateau de l’Opéra. Les personnages en sont réduits à s’entasser autour d’un service à thé.

    Lorsque le ballet démarre, on comprend l’idée du metteur en scène, qui franchement ne méritait pas de se priver d’autant de mètres carrés !

    Et le désenchantement est grand ...un premier tableau pas même digne d’une mauvaise comédie musicale... et la suite à vau-l’eau. Quel ennui.

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