Accueil > Hypérion d’après Friedrich Hölderlin

Critiques / Festival / Théâtre

Hypérion d’après Friedrich Hölderlin

par Jean Chollet

Marie-José Malis signe une expérience inaboutie

Partager l'article :

Dans sa profession de foi, la nouvelle directrice du Théâtre de La Commune d’Aubervilliers revendique un théâtre de la pensée : “ Qu’est ce que c’est la pensée ? C’est bien sûr la bataille contre l’opinion, les idées toutes faites. Mais c’est aussi la bataille contre la critique seule.”. En portant à la scène le grand roman épistolaire du poète allemand, remanié entre 1797 et 1799, Marie-José Malis s’est offert l’occasion de mener un combat conforme à ses objectifs.

En portant son choix sur cette œuvre, elle était consciente des difficultés à surmonter pour porter à la scène une forme littéraire à la fois descriptive et narrative, en éclairant sa portée philosophique et politique. A travers le fil conducteur des lettres du Grec Hypérion à son ami allemand Bellamin et à son amour Diotima –, Hölderin porte un regard désespéré sur un monde hostile et une époque qui a perdu ses valeurs depuis la Grèce antique. Ce qui, à ses yeux, nécessite un engagement et des moyens pour tendre vers un renouveau, en passant par une remise en cause du rapport à l’Etat. En ayant foi dans la jeunesse du monde. Un texte intemporel dont la résonance rejoint aujourd’hui l’actualité internationale.

Dans la Salle Benoit XII d’Avignon, avec un rapport frontal, une scénographie évoque un café grec avec terrasse voisinant avec un garage abandonné et quelques références aux pays arabes, d’une manière très réaliste qui contraste avec la tonalité de la représentation. Sous des lumières étendues jusque dans la salle pour supprimer le quatrième mur, les comédiens, professionnels et amateurs, font entendre les paroles d’Hölderin, dans la belle traduction de Philippe Jaccottet ( éditions Gallimard) ici adaptée par Marie-José Malis et Judith Balso. Pour l’essentiel sous la forme d’adresse au public, avec une diction stylisée ou retenue, pas toujours audible, où l’on regrette – à l’exception de Sylvia Echeto - qu’elle ne passe pas par un engagement corporel signifiant. Mais c’est un choix et une radicalité parfaitement respectable de la metteuse en scène, dans son désir d’affirmer son désir ambitieux d’un certain théâtre. Dans sa forme actuelle ce trop long spectacle (dont la durée prévue initiale de 3 heures est passée à 4 heures 50 avec entracte) s’écoule comme si l’étirement du temps était nécessaire à la progression de la pensée. Au vu des désaffections progressives d’une large partie du public, ce ne semble pas être le cas.

Faut-il pour autant rejeter cette création qui a ce stade demeure encore expérimentale et manque d’aboutissement ? Non. Sa présence à Avignon correspond logiquement à l’un des objectifs du Festival en ouvrant sur des recherches aux côtés de réalisations classiques ou formatées qui trouvent plus facilement un consensus. Gageons que Marie – José Malis, tout en conservant sa radicalité, saura tirer les enseignements de cette expérience pour offrir une version remaniée (et certainement moins longue) pour la reprise de Hypérion au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers fin septembre.

Hypérion , d’après Friedrich Hölderin, mise en scène Marie-José Malis, adaptation Marie-José Malis et Judith Balso, avec Pascal Batigne, Frode Bjernstad, Juan Antonio Crespillo, Sylvia Echcheto, Olivier Horeau, Isabel Oed, Victor Ponomarev, et des comédiens amateurs Scénographie Adrien Marès, Jessy Ducatillon, Jean-Antoine Telesco, lumière Jessy Ducatillon, son Patrick Jammes, costumes Zig et Zag. Durée 4 h 50 avec entracte. Théâtre de la Commune Aubervilliers du 29 septembre au 16 octobre 2014, puis tournée nationale (et à Genève) jusqu’au 31 janvier 2015.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.