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Critiques / Théâtre

Hyènes de Christian Siméon

par Corinne Denailles

Coupable ou innocent ?

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La version théâtrale de ce monologue incroyable de Christian Siméon, inspiré d’un fait divers datant de 1832, a été créée par Jean Macqueron (1997) avec Michel Fau qui aujourd’hui prête sa voix en off à Arnaud Aldigé qui traduit bien toute l’ambiguïté de ce personnage condamné à mort pour deux meurtres dont il rejoue le procès, tantôt plaidant l’innocence tantôt s’accusant, toujours crédible. Le crime de Théodore Frédéric Benoit, s’il était avéré, pourrait trouver sa cause dans le dérèglement mental de ce jeune homme trépané dans son enfance qui souffrait du manque d’affection maternel. A moins que sa nature invertie n’explique l’acharnement des juges. Dans sa petite ville de Vouziers, il est l’objet de toutes les conversations des hyènes qui se nourrissent de son futur cadavre, indifférent à l’homme et à l’équité du jugement : "je chercherai ton visage parmi ceux des spectateurs. Ton visage de hyène parmi les hyènes."

Dans l’espace exigu de sa cellule et la fièvre de l’imminence de l’application de la sentence, il s’adresse au public, bien tranquille dans l’obscurité de la salle, qui joue malgré lui le rôle de juré d’assise. "Chaque mot prononcé n’a eu qu’un but, me faire prendre chair dans ta mémoire [...] je m’achève et me prolonge en toi".
Dans un costume de velours rouge sang évoquant le crime mais aussi une sorte de dandysme et de clownerie diaboliques. Théodore Frédéric Benoit affiche tour à tour le cynisme de l’assassin qui s’amuse et l’aigreur de l’innocent qu’on accuse du double meurtre de sa mère et de son amant et qui implore un peu de tendresse en ses dernières heures. Au fil de son discours enfiévré on apprend les faits sans jamais pouvoir démêler le vrai du faux. Il y a dans cette histoire de culpabilité quelque chose du juge-pénitent de La Chute de Camus qui interroge l’idée de vérité et de jugement.

Comme on saute de pierre en pierre dans un torrent impétueux, Arnaud Aldigé maîtrise la course effrénée de cette pensée impétueuse, sur le fil du rasoir de la folie et du désespoir. Le flot rapide et torrentueux du discours, connaît de brusques accalmies, les mots, parfois trop criés, trop projetés, sont tout à coup posés sur le bord des lèvres avec douceur ("le ciel me manque"). Et puis ça repart en embardées rapides et périlleuses, en interrogations qui tomberont dans le vide du silence de la mort, brusquement tranchées par la guillotine. Un texte puissant mis en scène par Thierry Falviser et servi par un bon acteur qui ne manquera pas de trouver rapidement les bons ajustements.

Hyènes de Christian Siméon, mise en scène Thierry Falviser, avec Arnaud Aldigé. Avignon, théâtre du centre à 20h30. Durée : 1h15. Résa : 06 64 91 55 67.

Photo Gilles Lespagnol

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