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Critiques / Théâtre

Hôtel Feydeau d’après Georges Feydeau

par Corinne Denailles

Un joyeux télescopage

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C’est à l’hôtel Terminus près de la gare Saint-Lazare, où il s’était replié au terme d’une vie conjugale agitée, que Feydeau a écrit les pièces en un acte (exceptée Feue la mère de madame écrite plus tôt) choisies par Georges Lavaudant pour ce montage d’extraits qui fait valser les situations, n’hésitant pas à disséminer des scènes d’une même pièce. Lancées sur la piste d’un jeu d’autos tamponneuses téléguidées, elles font quelques très belles étincelles mais au lieu d’un précipité du théâtre de Feydeau, on assiste à un joyeux télescopage, souvent amusant mais dont on ne saisit pas vraiment l’enjeu.

Au-delà de la fameuse mécanique par laquelle le dramaturge fabrique l’implacable effet domino déclenché à partir d’un élément, au-delà du sens aigüe de la formule assassine toujours hilarante, au-delà de l’absence de psychologie au profit unique des situations, Feydeau, qui vécut à cheval sur deux siècles, écrivait quasiment sur un mode cinématographique. Aucun texte dramatique ne présente une telle abondance d’indications scéniques, presque plus nombreuses que les dialogues, démontrant que son écriture incluait d’emblée la mise en scène. Il procédait selon le même principe que les réalisateurs de cinéma qui en regard du texte décrivent les images et les actions. Logiquement fasciné par le cinéma naissant, il projetait d’écrire un scénario pour Chaplin. Mais comme, contrairement à Beckett, Feydeau n’a donné aucune consigne pour la postérité, on ne tient généralement plus compte aujourd’hui de ces indications quelque peu désuètes mais qui illustrent bien sa façon de travailler.

Dans un beau décor aux murs immaculés (Jean-Pierre Vergnier), quelques chaises multicolores à médaillon style Louis-Philippe sur lesquelles les comédiens ont à peine le temps de s’asseoir, deux lustres à pampilles, deux portes à cour et à jardin, fondamentales. Ce pourrait être un hall d’hôtel, c’est un espace neutre où s’enchaînent les scènes, entrecoupées d’intermèdes chorégraphiés décalés. L’entomologiste Feydeau épingle les travers de la petite bourgeoisie conventionnelle soucieuse des apparences, sa mesquinerie, ses ambitions minables, son goût du pouvoir à tout prix et ridiculise ce petit monde et la trivialité de ses préoccupations. Une femme enceinte exige que son mari mette sur sa tête le pot de chambre du futur bébé et à peine exaucée, elle pousse des cris d’orfraie. Lou Chauvain interprète à merveille cette odieuse capricieuse, mais aussi la domestique du couple de Feue la mère de madame, jeune femme rustre qu’on sort de son lit en pleine nuit pour la faire témoigner que madame (excellente Tatiana Spivakova) n’a pas les seins en porte-manteaux. André Marcon est inattendu et très drôle dans le rôle de Lucien, le fêtard déguisé en Louis XIV qui rentre à pas d’heure au logis pour se faire incendier par sa femme : « c’est une chose connue : quand les maris découchent, les pendules de leur femme battent toujours la breloque… ». Les femmes mènent la boutique mais ce n’est pas à leur avantage sous la plume misogyne du dramaturge. Manuel Le Lièvre est formidable dans le rôle du bébé (7 ans quand même), authentique sale gosse ; Grace Seri est la mère à bigoudis, éternellement débraillée au grand dam de son époux ; Gilles Arbona et Benoît Hamon aussi sont excellents.
C’est un théâtre d’acteurs et le talent et l’énergie de l’équipe contribue grandement à donner du relief au spectacle.

Hôtel Feydeau d’après Georges Feydeau : Feu la mère de madame, On purge bébé !, Léonie est en avance, Mais n’te promène donc pas toute nue !, Cent millions qui tombent. Mise en scène, adaptation, lumière Georges Lavaudant dramaturgie Daniel Loayza, décor, costumes Jean-Pierre Vergier, son Jean-Louis Imbert, chorégraphie Francis Viet avec Gilles Arbona, Astrid Bas, Lou Chauvain, Benoit Hamon, Manuel Le Lièvre, André Marcon, Grace Seri, Tatiana Spivakova.
durée estimée 1h25.

photo Thierry Depagne

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