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Critiques / Théâtre

Hôtel Europe de Bernard-Henri Lévy

par Gilles Costaz

Vaines invocations

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Deux thèmes se chevauchent dans le monologue de Bernard-Henri Lévy : son autoportrait en action, dans une circonstance donnée, et son plaidoyer pour une autre Europe que celle qui a, selon lui, abandonné la Bosnie pendant les derniers conflits des Balkans. L’homme qui parle, dans une chambre d’hôtel, à Sarajevo, en 2014, est évidemment le double de l’auteur. Il a une conférence à préparer, sur l’Europe, à l’occasion de la commémoration du meurtre de l’archiduc François-Ferdinand qui déclencha la guerre de 14-18. Tout en pensant à des conquêtes féminines et à des rencontres avec des personnages politiques, cet homme tourne en rond dans sa chambre et ne parvient pas à écrire son discours. Les images des massacres anciens et des massacres récents surgissent dans sa tête et sur la scène, la plupart du temps à travers des projections de documents pris sur internet, la page Google encadrant les photos. Le discoureur est en effet devant son ordinateur, à proximité de sa salle de bain. Il critique vertement la communauté européenne, telle qu’il l’a vue agir tout au long de ces décennies, propose qu’on la repense depuis la Bosnie ou bien qu’on invente une Europe des écrivains et des philosophes, une « l’Europe de Kant et de Husserl ».Pour finir, il imagine comiquement une communauté où les postes de ministres seraient donnés à de grands auteurs disparus ((« Duras à la Censure », jette-t-il, avant d’ajouter « non, pas de censure »).
Mêlant donc la vie du monde et son propre engagement, Bernard-Henri Lévy fait ce qu’il peut mais n’arrive pas à la cheville de ceux qui ont su donner à leur posture, narcissique et altruiste à la fois, la bonne hauteur de pensée et d’écriture, tels un Chateaubriand, un Malaparte ou un Malraux. Car on pourrait lui rétorquer que l’Europe des écrivains existe – et même depuis le XVIe siècle - et qu’elle n’a pas attendu ses invocations pour avoir son rôle, certes au second plan, mais d’une réelle influence. Ce qui manque là, c’est le fil et le style. Le fil se casse sans cesse, d’une anecdote à une autre. Le style se cherche en vain, sous l’accumulation de formules assez vaines. La mise en scène du Bosniaque Dino Mustafić table trop sur les images et impose à l’acteur d’aller faire trempette dans la baignoire pour ensuite le faire changer pudiquement de slip ! Pour l’acteur, le choix de Jacques Weber est étrange, si l’on pense à une éventuelle ressemblance physique avec Bernard-Henri Lévy (il n’y en a aucune ! ), mais efficace si l’on se place sur le terrain de la puissance physique et vocale. Weber vous empoigne ça dans une grande passion, avec aussi beaucoup de délicatesse, comme s’il transportait de la vaisselle fragile. Lévy et Mustafić ont au moins engagé le meilleur athlète pour ce combat très problématique avec l’idée européenne et quelques fantômes.

Hôtel Europe de Bernard-Henri Lévy, mise en scène de Dino Mustafić, scénographie de Drgutin Broz, lumières d’André Diot, son d’André Serré, costumes de Vanessa Seward, vidéo de Vojta Janyska, avec Jacques Weber.

Théâtre de l’Atelier, tél. : 01 46 06 49 24. (Durée : 1h45). Texte aux éditions Grasset.

Photo Almin Zrno.

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